Bilan et perspectives : les défis que Microsoft devra relever en 2010
Si 2008 fût pour l’essentiel une période de transition, 2009 aura vu Microsoft progresser significativement dans le renouvellement de son offre avec notamment les lancements de Windows 7, d’Azure et de Bing. 2010 sera l’année ou l’éditeur finira de dévoiler les composantes de son dispositif stratégique destiné à lutter contre les assauts combinés d’Apple et de Google.
2008
En 2008 Microsoft se débattait pour convaincre ses clients de déployer Vista, échouait à racheter Yahoo et voyait enfin Bill Gates, son président et fondateur, quitter le devant de la scène.
En coulisses, l’éditeur se préparait activement à rattraper le loupé Vista, travaillait à sa stratégie « cloud computing » et continuait à investir dans son moteur de recherche ainsi que dans sa plateforme mobile. C’est en en fin d’année 2008, à l’occasion de la PDC, que Microsoft devait officiellement dévoiler Windows 7 ainsi qu’Azure, deux composantes essentielles de sa stratégie.
2009
2009 aura été une année riche en évènements pour Microsoft qui aura réalisé les lancements de Windows 7 et de Windows Server 2008 R2, celui de Bing et d’Exchange 2010, ceux d’Internet Explorer 8 et de Silverlight 3.0, tout en concluant finalement un accord avec Yahoo dans le domaine de la recherche.
Sur un plan institutionnel, la firme de Redmond aura mis un terme à dix ans de procédures avec la commission européenne, elle aura connu la première baisse de CA de son histoire et procédé à ses premiers licenciements. Enfin l’année dernière aura vu l’annonce du projet Natal, le lancement officiel d’Azure, le décollage de Microsoft Online Services, sans oublier le lancement de Windows Mobile 6.5, en attendant mieux.
Malgré ces accomplissements, la position de Microsoft ne s’est pas trouvée confortée pour autant.
Si le lancement de Windows 7 aura indéniablement constitué un succès, il s’agissait essentiellement pour Microsoft de rattraper la débâcle provoquée par l’échec de Vista, sans volonté de remettre en cause le status quo lui permettant de préserver sa position dominante sur le poste de travail.
Les résultats de Microsoft en 2009 auront vu les divisions client et business (en charge d’Office) accuser des baisses de CA, en partie du fait de la récession économique, mais également en raison de la concurrence accrue d’alternatives Web, en particulier de la part de Google avec son offre Google Apps.
Sur le terrain du smartphone, Microsoft continue à encaisser les coups en voyant l’iPhone renforcer ses positions et dépasser en 2009 la base installée de Windows Mobile. Google aura également occupé le terrain avec les débuts remarqués d’Android. RIM continue à se développer, les deux perdants de ce marché en 2009 étant Microsoft et Nokia. Face à cette déferlante de nouveautés, le seul accomplissement de Microsoft aura consisté dans le lancement de Windows Mobile 6.5, sujet à de nombreuses critiques, ainsi que celui de son site d’applications en ligne. Ce dernier pêche par son catalogue étriqué tout en soulignant le caractère suiveur de Microsoft dans ce domaine.
Dans la lutte qui l’oppose à Google sur le plan de la recherche, Microsoft aura certes marqué des points avec le lancement de Bing, plutôt bien perçu par les analystes, mais n’aura pas réellement réussi à écorner la position dominante de son rival. Les quelques points que Microsoft a gagné semblent s’être effectués au détriment de Yahoo ce qui relativise la portée de l’accord finalement conclu en 2009 avec celui-ci. Qui plus est, Bing n’est réellement disponible qu’aux Etats-Unis ainsi qu’en Angleterre, le lancement international s’effectuant par étape avec par exemple une disponibilité prévue cet été pour la version française.
Si Microsoft aura réalisé en 2009 des progrès significatifs dans l’exécution de sa stratégie « Cloud », en comptabilisant 1,5 millions d’utilisateurs de Microsoft Online Services, Google aura également occupé le terrain en signant ses premiers contrats significatifs avec des firmes comme Genentech et plus significativement l’état de Californie qui a récemment basculé quelques 30 000 comptes sur GMail et Google Applications.
Toujours dans le domaine Internet, Microsoft aura vu la part de marché d’Internet Explorer s’éroder de cinq points, malgré le lancement d’Internet Explorer 8 perçu comme sensiblement plus lent que ses concurrents Firefox et Chrome. Tout n’aura pas été négatif pour autant dans ce domaine avec le lancement réussi de Silverlight 3.0 et un taux d’installation qui se rapproche des 50 % à la fin 2009.
En ce début d’année 2010, Microsoft souffre d’un sérieux problème d’image. Le lancement réussi de Windows 7 ne suffit pas à compenser l’impression persistante d’une incapacité à innover à laquelle s’ajoute une lenteur à réagir qui contraste avec les progrès rapides réalisés par ses différents concurrents.
Google et Apple, désormais les deux grands rivaux de Microsoft, sont à contrario perçus comme innovants et disrupteurs. Google aura marqué l’actualité en 2009 avec Android, les progrès de Chrome, la montée en puissance de Gmail et l’annonce de Chrome OS. Apple se sera signalé par le succès confirmé de l’iPhone, une hausse importante de son CA dans un contexte de récession et bien sûr le retour de Steve Jobs.
2010
En 2010, Microsoft aura pour premier objectif de finaliser le renouvellement de son offre.
Dans ce domaine, le planning de l’éditeur sera chargé avec en particulier le lancement d’Office 2010 (comprenant celui de la première version Web d’Office), celui de SharePoint 2010, les lancements de Visual Studio 2010, de SQL Server 2008 R2, de Silverlight 4.0, de Natal, du très attendu Windows Mobile 7, de la première beta d’Internet Explorer 9 et enfin celui de la « Wave 4 » de Windows Live.
Le renforcement des positions de Microsoft en entreprise
2010, selon toute vraisemblance devrait être l’année Windows 7. Avec un parc de PC vieillissant, à 70 % sous Windows XP, la plupart des entreprises vont se trouver dans la nécessité de renouveler à plus ou moins brève échéance leurs postes de travail. Microsoft et ses partenaires se préparent activement à préparer cette migration qui peut globalement relancer le secteur IT dans son ensemble et supporter les résultats de Microsoft en particulier.
Le déploiement de Windows 7 sera sans doute pour beaucoup d’entreprises l’occasion de mettre à jour leur infrastructure réseau, avec Windows Server 2008, ainsi que l’outillage du poste de travail en déployant Office 2007 ou la version 2010 qui devrait arriver dans la première moitié de cette année.
Si l’on ajoute le lancement de SharePoint 2010, le début de cette nouvelle décennie devrait remplir les carnets de commande des partenaires Microsoft pour les deux à trois ans à venir.
Les débuts d’Azure
Fin 2009, Microsoft annonçait la fusion de la division serveur avec l’entité en charge d’Azure pour former une nouvelle unité appelée « Servers and Cloud Division ». Il s’agit d’une décision logique étant donné les liens étroits qui pré existaient entre ces deux unités (la plupart des composantes d’Azure (Windows Server, Hyper-V, SQL Server, …) émanant de la division serveur) et sachant qu’un des points forts de l’offre « cloud » de Microsoft consiste dans l’intégration étroite de son infrastructure avec les services destinés à s’exécuter dans Azure.
2010 verra les véritables débuts d’Azure qui devrait permettre à Microsoft de se positionner sur un marché encore balbutiant. Microsoft proposera des services d’hébergement d’applications comparables à ceux qu’offre Amazon aujourd’hui, tout en poussant au développement d’applications spécifiquement écrites pour tirer parti des potentialités de sa plateforme cloud.
La force de Microsoft réside dans son middleware (AppFabric, MIFS) permettant de mettre en place une réelle intégration entre ressources de traitement locales et applications externalisées. Cette approche hybride, combinée au fait que les entreprises utilisant Azure sont déjà familiers avec ses composantes, devrait permettre à Microsoft de se positionner favorablement sur ces marchés d’avenir.
Microsoft Online Services et la concurrence de Google
Annoncée en 2008, la plateforme Microsoft Online Services est réellement devenue opérationnelle au cours de 2009. Elle termine l’année avec environ 1,5 millions d’utilisateurs payants après avoir signé notamment GlaxoSmithKline et Coca-Cola, tous deux comptants près de 100 000 utilisateurs de ces services ainsi que Rexel, Bouygues, ou encore le Crédit Immobilier en France.
La proposition de valeur de Microsoft Online Services consiste dans une externalisation des services de messagerie, de collaboration et dans une moindre mesure de communication unifiée. Facturée sous la forme d’un coût d’usage mensuel par utilisateur, cette offre suscite un intérêt certain auprès de nombreuses entreprises qui évitent ainsi d’avoir à investir dans une infrastructure dédiées, tout en bénéficiant de mises à jour régulières propres au mode SaaS. Selon Microsoft, jusqu’à 50 % des déploiements d’Exchange 2010 pourraient s’effectuer via Microsoft Online Services ainsi qu’à travers les offres similaires proposées par les partenaires de Microsoft.
Si Microsoft s’est effectivement préparé de longue date à offrir ces services, il n’en rencontre pas moins une concurrence importante de la part de Google. Comme déjà évoqué plus haut, ce dernier a remporté ses premiers succès significatifs en 2009 auprès de firmes telles que Genentech ou encore de la municipalité de Los Angeles qui a choisi GMail pour ses 30 000 employés.
C’est d’ailleurs ce dernier contrat qui a amené Microsoft a annoncer précipitamment début Novembre une baisse d’un tiers du coût de ses services, de façon à réduire l’écart de prix par rapport à Google dont le prix public est de 50 $/utilisateur/mois. L’offre BPOS de Microsoft qui intègre messagerie, collaboration et communication est ainsi passée à un peu moins de 9 €/mois.
Succès en entreprise, défaite dans le grand public ?
En 2010, Microsoft devrait continuer à bénéficier financièrement de sa position dominante en entreprise, à l’origine de l’essentiel de ses profits.
La situation est beaucoup plus délicate concernant le grand public où l’éditeur a perdu beaucoup de crédibilité avec Vista, s’est laissé complétement surprendre par le succès de l’iPhone et a enfin laissé le terrain Internet à Google.
Les succès de l’iPod, puis de l’iPhone auront beaucoup fait pour valoriser l’image d’Apple auprès du grand public, avec pour conséquence une augmentation importante des ventes de MacBook et d’iMac malgré un différentiel de prix toujours aussi important avec les PC.
Apple bénéficie désormais d’une image de marque flatteuse là où Microsoft apparaît comme dépassé, tout juste capable de reprendre à son compte les innovations de son concurrent.
Le constat est similaire sur Internet. A observer les publicités des opérateurs téléphoniques ou encore celles des fabricants de terminaux (LG, Samsung, …) on est frappés par le faible nombre de référence aux services de Microsoft (Messenger principalement) et par la prolifération des offres vantant les mérites de GMail, Google Maps, Youtube, Facebook, …
En dehors des Etats-Unis, Bing n’existe pas, Google est omniprésent sur les écrans des PC mais également des mobiles.
La conséquence de cette perte d’influence de Microsoft se lit dans les progrès de l’usage de Firefox, de Chrome, par la popularité croissante de Gmail au détriment de Hotmail, par l’effondrement de Windows Mobile au profit de l’iPhone, mais également d’Android.
Apple et Google en embuscade
Apple compte profiter de sa dynamique pour enfoncer le clou et pousser encore un peu plus loin l’avantage dans le domaine de la téléphonie tout en ouvrant un autre front avec l’annonce à la fin du mois d’une tablette dont les caractéristiques et le prix sont encore inconnus à ce jour.
Apple poursuit une stratégie de développement basée sur une intégration verticale lui permettant de contrôler un nombre croissant d’éléments et notamment le maillon de la distribution avec ses « stores » tant physiques que virtuels, comme par exemple le magasin ouvert par Apple à la galerie du Louvre fin 2009.
Le risque majeur pour Microsoft est de voir Apple développer un avantage tel qu’il ne puisse plus rattraper son retard sur l’iPhone, à l’instar de la tentative avortée de concurrencer l’iPod avec son lecteur Zune qui n’est d’ailleurs commercialisé qu’aux Etats-Unis. Apple risque également de grignoter un peu plus les ventes de PC avec Mac OS mais l’impact business et long terme sera beaucoup plus faible que dans le cas de l’iPhone.
Si Apple représente un danger certain pour la réputation et les business émergents de Microsoft, Google de son côté constitue une menace réellement sérieuse quant au cœur de business de l’éditeur.
La stratégie de Google est celle d’une offre de services 100 % basés sur le cloud, excluant tout applicatif « natif », à l’exception bien sûr de son navigateur Chrome qui fait d’ailleurs l’objet d’une promotion active en ce moment. L’ensemble des services de Google sont hébergés et ce dernier ne jure que par HTML 5, même si Android constitue une exception sans doute temporaire.
Après avoir capté l’attention du grand public avec une palette de services comprenant outre le moteur de recherche généraliste, Gmail, Google Docs, Youtube, Picasa, … Google se tourne désormais vers le marché de l’entreprise.
Google mène en ce moment une campagne publicitaire aux USA pour convaincre les entreprises de sauter le pas. Appelée « Gone Google » elle n’est pas sans rappeler la campagne « I’m a Mac … » d’Apple.
L’offre de Google destinée aux entreprises se dénomme Google Apps. Il s’agit d’une suite d’outils en mode SaaS qui visent à déplacer le terrain de la confrontation avec Microsoft.
En cherchant à persuader les clients de Microsoft des avantages bien réels que présente une offre de services hébergés, Google espère convaincre les entreprises de basculer progressivement leurs outils bureautiques vers son offre.
Conscient du gap fonctionnel de son offre en comparaison de celle de Microsoft, Google a pour stratégie de banaliser le « stack » de son concurrent.
Celui-ci qui repose sur Windows Server, SQL Server, SharePoint, Exchange pour l’infrastructure et sur Office au niveau du poste de travail, est certes beaucoup plus riche fonctionnellement que l’offre de Google mais présente le désavantage de nécessiter une installation « traditionnelle » au sein du datacenter de l’entreprise. Cette installation implique des investissements en matériel et en licences ainsi que du personnel pour l’installation, la configuration, l’exploitation et le support de ces outils.
La promesse de Google, similaire en cela à tous les acteurs du monde SaaS, consiste à éliminer l’ensemble de ces investissements en proposant à l’entreprise un ensemble de services mutualisés, dont le coût est intégré dans un budget de fonctionnement (Opex) plutôt que dans des dépenses d’investissement (Capex).
Le calcul de Google repose sur le fait, qu’une fois hébergés, les services des différents fournisseurs se « banalisent » ce qui a pour conséquence de donner de plus en plus d’importance à la dimension coût, au détriment des fonctionnalités qui tendent à passer au second plan.
Concernant le gap fonctionnel de Google Apps vs Microsoft Office, Google annonçait récemment son intention d’investir pour faire monter en puissance sa suite bureautique et en faire ainsi une réelle alternative à Office. Google n’a d’ailleurs pas besoin de faire de Google Apps l’équivalent fonctionnel d’Office 2010 pour concurrencer sérieusement Microsoft.
Une version enrichie de Google Apps intégrant Gmail et couplée avec des services de collaboration renforcés pour un prix inchangé de 50 $ / utilisateur / an pourrait constituer la première menace sérieuse que Microsoft devra sans doute affronter dans quelque temps.
L’objectif de Google est sans doute de générer des revenus additionnels avec Google Apps. La firme de Mountain View se targue de compter deux millions d’entreprises utilisant ses services, sans vouloir dévoiler la proportion ayant souscrit à la version payante. Google affirme que cette activité est profitable, ce qui est sans doute le cas, mais il est tout aussi vraisemblable que les profits générés soient marginaux au regard du business principal de Google qui reste la commercialisation de publicités en ligne. Mais ce qui importe davantage à Google est certainement d’affaiblir Microsoft en asséchant une de ses deux principales sources de revenus, rendant ainsi plus difficile à l’éditeur la poursuite de ses investissements visant à le concurrencer.
Microsoft ne fait évidemment rien d’autre en investissant dans Bing et en collaborant avec Yahoo.
Les brèches que Microsoft devra colmater en 2010
Même si les résultats à court terme semblent assurés, il n’en reste pas moins que Microsoft est vulnérable dans plusieurs domaines clés qui, s’ils ne sont pas adressés, risquent de mettre en cause la capacité de l’éditeur à jouer un rôle majeur dans les années à venir.
L’exemple le plus flagrant est évidemment celui de la téléphonie, ou plutôt celui de l’Internet mobile, déjà mentionné plus haut. La façon dont Apple a réussi à retourner ce marché à son avantage figurera certainement dans les cours de marketing de générations à venir d’étudiants en école de commerce. A contrario, la débâcle de Microsoft, pourrait représenter un modèle d’absence de vision, de complaisance, de routine et d’incapacité à s’adapter.
Ceci étant posé, la messe n’est pas forcément dite et il reste une chance à Microsoft de tenter de revenir et de rattraper une partie du terrain perdu. Face à la concurrence, là encore, d’Apple et de Google, Microsoft dispose de quelques cartes qu’il ne se privera pas d’utiliser.
Apple, c’est sa philosophie, fait cavalier seul et impose ses conditions aux opérateurs qui, s’ils en avaient la possibilité, changeraient volontiers de partenaire en travaillant avec un acteur comme Microsoft et les différents fabricants de terminaux. Reste pour Microsoft à mettre sur le marché une offre suffisamment attractive pour corriger les rapports de force.
Google de son côté vient de procéder à une manœuvre risquée en dévoilant son propre mobile « Nexus One » qui entre en contradiction avec sa volonté affichée de partenariat avec les fabricants de terminaux.
Si Windows Mobile 7 qui va finalement être dévoilé le mois prochain lors du Mobile World Congress à Barcelone tient ses promesses et arrive dans un délai raisonnable, Microsoft peut sans doute encore changer le cours de choses.
Windows Mobile 7 représente un cas à part dans l’histoire de Microsoft.
Peu de produits auront connu une gestation aussi longue, aussi secrète et aussi douloureuse. Pourquoi aura-t-il fallu plus de trois ans à Microsoft pour réagir à l’annonce de l’iPhone reste un mystère. On image que dans un premier temps, la réaction de l’éditeur aura été de dénier l’importance de cette annonce, comme les premiers commentaires moqueurs de Steve Ballmer le laissent à penser. Une fois réalisé sa méprise, il aura certainement fallu pas mal de temps à Microsoft pour réviser ses plans et mettre en chantier une version de Windows Mobile qui puisse tenir la comparaison et si possible faire mieux que l’iPhone. Peut-être Windows Mobile aura-t-il connu un « reset » similaire à celui du développement de Vista … nul doute que l’histoire tortueuse de cette version finira par percer un jour mais pour l’heure on ne peut que se perdre en conjectures.
Il reste quelques raisons de conserver un optimisme prudent quant à Windows Mobile 7.
Microsoft est parfaitement conscient des enjeux et est à même d’évaluer les chances de succès de son système mobile. On sait peu de choses à ce sujet mais de nombreux indices laissent à penser que son interface sera évidemment tactile et qu’il devrait à minima intégrer un navigateur compétitif supportant notamment Silverlight et Flash. L’éditeur conserve certainement quelques surprises sous le coude pour l’annonce qui interviendra dans quelques semaines.
Sachant que le mantra de Microsoft, rappelé encore récemment pat Ballmer à l’occasion de son keynote du CES, consiste dans une offre englobant les trois écrans que sont le PC, le téléviseur et le mobile, on peut penser que l’éditeur reste confiant dans sa capacité à jouer un rôle important dans ce dernier domaine, sauf à se tirer consciemment une balle dans le pied, ce qui reste peu probable.
La deuxième faiblesse que Microsoft accuse réside bien sûr dans le lent, mais semble-t’il inéluctable, déclin des parts de marché d’Internet Explorer.
Ni Internet Explorer 7, ni même la version 8 n’ont réussis à inverser la tendance. Le forcing actuel de Google pour promouvoir Chrome ainsi que l’accord conclu avec la commission européenne, pour proposer aux utilisateurs de Windows des navigateurs alternatifs, ne vont évidemment pas arranger les choses. Il est donc essentiel pour Microsoft de proposer une version 9 de son navigateur qui non seulement puisse s’aligner sur ses concurrents en termes de performance mais qui aille significativement au-delà pour donner une bonne raison aux utilisateurs de Firefox de reconsidérer le choix de leur navigateur.
La lenteur dont souffre Internet Explorer concerne également le rythme de son développement.
Quand la fondation Mozilla ou Google annoncent régulièrement de nouvelles itérations, même mineures, de leurs navigateurs, Microsoft se distingue par son silence. L’éditeur doit non seulement booster la cadence de développement mais communiquer régulièrement, afin de ne pas laisser le champ libre à ses concurrents qui monopolisent l’attention des utilisateurs.
L’évènement à surveiller dans ce domaine sera MIX10 qui devrait voir Microsoft communiquer sur IE 9.
Le troisième domaine problématique pour Microsoft concerne les services en ligne en général et la messagerie en particulier.
Même si au niveau mondial Hotmail et Messenger voient leurs bases utilisateurs continuer à se développer, la progression plus importante encore de Gmail devrait inquiéter Microsoft.
Sans disposer de données particulières, il me semble désormais que les adresses en @hotmail.com ou .fr tendent à se faire de plus en plus discrètes et à être progressivement remplacées par des comptes Gmail.
Dans ce domaine encore, Google apporte continuellement des évolutions à son service de messagerie qui contrastent avec la lenteur des changements de Hotmail. A tort ou à raison, l’utilisateur averti utilisera aujourd’hui davantage les services de Google pour sa messagerie plutôt que ceux de Microsoft.
Un utilisateur régulier de Gmail est plus enclin une fois connecté à utiliser les services que Google met gratuitement à sa disposition et notamment Calendar, Google Reader et Google Docs, la version grand public de Google Apps.
Google met à la disposition des internautes un ensemble de services qui présentent une certaine cohérence et qui soulignent par contraste la confusion persistante de l’offre de services « Live » de Microsoft.
Même si l’éditeur propose une gamme de services étendue et de qualité, le désordre qui continue de régner entre les différentes modalités de son offre (Live Mesh vs Skydrive par exemple) représente un obstacle à l’adoption de ceux-ci.
Contrairement à Google Docs, la version Web d’Office, n’est toujours pas disponible et semble accuser un retard par rapport à son calendrier de développement. La beta d’Office 2010 prévoit bien l’utilisation de Skydrive pour le stockage et le partage de documents, mais il s’agit visiblement d’un travail inachevé.
Bref, Microsoft a encore beaucoup de travail pour proposer un ensemble de services en ligne intégrés qui apportent le meilleur des deux mondes : connecté et déconnecté.
Dans ce domaine là encore, beaucoup d’annonces sont attendues lors de la conférence développeurs Web de Microsoft appelée « MIX10 ».
L’éditeur doit y dévoiler mi-mars la « Wave 4 » de son offre de services « Live » et en profiter pour clarifier sa stratégie de synchronisation et de stockage en ligne autour de Skydrive. Comme Microsoft l’annonçait lors de la PDC de Novembre 2009, cette conférence traitera également du développement d’applications pour Windows Mobile 7.
Sachant que MIX010 devrait voir le lancement de la version définitive de Silverlight 4.0, cette conférence sera l’évènement à observer pour comprendre les inflexions stratégiques de Microsoft concernant le Web et également pour évaluer la cohérence de ses choix ainsi que leurs chances de succès.
Un dernier mot pour parler de la tablette (« l’ardoise ») que doit annoncer Apple dans quelques jours. Comme on le sait, Steve Ballmer présentait plusieurs prototypes de tablettes basées sur Windows 7 à l’occasion de son keynote du CES le 6 Janvier. Parmi ces tablettes figuraient celle d’HP représentée dans la photo ci-dessous. Ballmer n’a pas montré grand-chose, ni dévoilé les spécifications, le prix ou même la date de sortie de cet appareil. Microsoft et HP attendent certainement de connaître les détails de l’annonce d’Apple avant de se positionner vis-à-vis de celle-ci. Toujours est-il que l’enjeu est d’importance en termes d’image pour Microsoft.
Bill Gates est connu pour avoir porté à bout de bras le concept de Tablet PC depuis le début des années 2000. A ce jour, une faible proportion de portables (sans doute entre un et deux %) appartiennent à cette catégorie.
Dans l’hypothése ou Apple proposerait une tablette aussi innovante que l’était l’iPhone lors de son lancement, la firme de Cupertino aurait fait la preuve une fois de plus de l’incapacité de son concurrent à coller aux attentes du public.
2010, une année déterminante pour l’avenir de Microsoft
Comme on l’a vu, les défis que l’éditeur devra relever en 2010 sont de taille, sans doute les plus importants que l’éditeur ait jamais eu à affronter.
Il reste à Microsoft à abattre quelques cartes qu’il n’a pas encore dévoilées : Windows Mobile 7 en particulier, une stratégie « Live » révisée et unifiée et quelques jokers, comme Silverlight par exemple.
2010 sera l’année ou l’ensemble des composantes de sa stratégie « Three screens and the cloud » seront enfin rendus publics et où il sera finalement possible de juger de la pertinence et de la force de la stratégie de l’éditeur vis-à-vis de ses formidables concurrents que sont Apple et Google
Levers de rideaux en février à Barcelone et en mars à Las Vegas.
