A propos de Microsoft et d’autres sujets …

Informations et analyse de la stratégie de l’éditeur


Dossier Microsoft 2009 – Première Partie « Cloud computing, changement de business model et marchés grand public: Les trois nouveaux défis de Microsoft »

clip_image001

Quelques mois après le départ de Bill Gates, Microsoft aborde une nouvelle phase de son histoire dans un contexte particulièrement difficile.

Non seulement l’éditeur doit continuer de faire face à ses adversaires traditionnels que sont Oracle, IBM, Sun et consorts … mais il doit en outre composer avec une récession économique sans précédents tout en devant affronter une lente mais inexorable remise en cause de son business model historique.

Face à la baisse de leurs budgets, nombreux sont les DSI qui cherchent par tous les moyens à comprimer leurs coûts en regardant notamment du côté du logiciel libre ou encore des applications en mode SaaS.

Sur le marché grand public, Microsoft a fort à faire pour contenir les assauts d’Apple qui se pose en innovateur avec son iPhone et regagne des parts de marché avec Mac OS X. L’éditeur doit également surveiller les incursions de Google qui attire de plus en plus d’adeptes avec GMail et Google Apps au détriment d’Hotmail et d’Office, sans oublier un succès qui ne se démet pas de Firefox qui continue de grapiller des parts de marché sur Internet Explorer.

Sur le business du « search », Microsoft continue à perdre des parts de marché au détriment de Google et semble désormais placer ses espoirs dans la conclusion d’un accord avec Carol Bartz, le nouveau CEO de Yahoo qui succède à Jerry Yang.

Lors de la publication de ses résultats de son deuxième trimestre fiscal en Janvier, Microsoft a accusé une baisse historique des revenus de sa division client (Windows) liée à la décroissance des ventes de PC ainsi qu’à la popularité grandissante des Netbook qui pèsent sur ses marges. Microsoft pour la première fois de son histoire annonçait en conséquence un plan de réduction de ses effectifs et se refusait de publier ses prévisions pour le reste de l’année.

Le niveau de son action a atteint un plus bas historique qui reflète le peu d’enthousiasme des investisseurs devant une société qui semble avoir son avenir derrière elle et dont l’aura s’est ternie ces dernière années

clip_image002

Au cours des années précédentes, Microsoft a connu un grand nombre de déboires avec notamment plusieurs condamnations accompagnée d’amendes record pour abus de position dominante, l’échec retentissant de Vista, une chute brutale de ses parts de marché dans le « search » malgré des investissements significatifs, la « ringardisation » de Windows Mobile et dans une moindre mesure du PC par Apple, une réputation d’insécurité découlant des failles de sécurité de certains de ses produits, sans oublier une image d’éditeur ancré dans un monde désormais dépassé et sans vision probante concernant la mutation en cours vers le cloud.

Ceci étant posé, Microsoft est-il condamné à une lente obsolescence ou bien la société est elle encore capable de rebondir ?

Au crédit de l’éditeur on notera que malgré ce qui précède, Microsoft a continué à afficher une progression régulière à deux chiffres de son activité sur les dix dernières années. Une des raisons de cette performance étant liée au succès de son offre d’infrastructure (Windows Server, SQL Server, Exchange, SharePoint, …) qui lui confère une position de force sur le marché de l’entreprise, désormais à l’origine de la plus grande partie de ses profits.

Microsoft n’a pas de dettes, continue de disposer de réserve financières considérables, de l’ordre de 25 Milliards de $, mais surtout prépare depuis presque quatre ans une réorientation stratégique qui va progressivement l’amener à embrasser l’ère du « cloud computing ».

A la conquête du cloud

clip_image003

Considérer que Microsoft est une société ancrée dans un business model dépassé et par conséquence intrinsèquement incapable de s’adapter aux mutations en cours serait faire preuve de myopie tout comme d’absence de mémoire.

Par le passé, l’éditeur a su adapter sa stratégie pour prendre en compte les ruptures technologiques au fur et à mesure de leur survenue, le meilleur exemple étant le virage en 1995 vers l’Internet décidé par Bill Gates dans un mémo resté célèbre.

Depuis de nombreuses années, Microsoft a investi des dizaines de milliards de dollars dans MSN, le rachat puis le développement de Hotmail, son offre de services « Live » et notamment Messenger qui compte près d’un demi milliard d’adresses. Plus récemment, en gros depuis l’arrivée de Ray Ozzie en 2005, l’éditeur s’est attaqué à la construction de nombreux Datacenters qui sont arrivés en ligne en plusieurs points des Etats-Unis et en Irlande et aux Pays-Bas concernant l’Europe. En parallèle, Microsoft a mis en place une infrastructure destinée, sans grand succès jusqu’ici, à concurrencer Google sur le search.

clip_image004

Ces années d’investissement dans des infrastructures en ligne ont finalement servi de socle à la stratégie que Microsoft qualifie de « Software + Services », stratégie illustrée par le démarrage de l’offre de services hébergée MOS (Microsoft Online Services), l’annonce en Octobre 2008 de la plateforme Azure et enfin les démonstrations des premières versions Web d’Office 14.

Windows lui-même se dépouille de ses applications traditionnelles pour devenir de plus en plus lié à une gamme de services « Live » dont le rythme de développement devient de ce fait indépendant des cycles de l’OS. Live Mesh, annoncé en Mars 2008, est appelé à jouer un rôle de plus en plus important en tant que plateforme de développement combinant le desktop, les différents appareils nomades et le Web. 

Ces développements participent d’une stratégie centrée sur ce que Microsoft présente comme les trois écrans : le PC, le Web et les différents dispositifs (télévision, smartphone, …). Cette vision, défendue par Steve Ballmer lors du CES en Janvier dernier, stipule que le PC a perdu son rôle de hub principal et affirme qu’il s’agit désormais pour Microsoft de faire de Windows et non plus du micro-ordinateur, le dénominateur commun de chaque mode de consommation.

L’idée est d’offrir une expérience utilisateur qui soit la plus homogène possible, quel que soit l’outil utilisé pour consommer un service.

Pour prendre l’exemple d’Office, les démonstrations publiques des versions Web d’Office 14 font état d’une interface utilisateur commune entre Office sur le PC, Office sur le Web (grâce au concours de Silverlight) et très vraisemblablement d’Office sur Windows Mobile.

clip_image006

Word 14 version Web

Bref, Microsoft abandonne s’éloigne d’une vision « PC centrique » remontant à ses origines pour prendre en compte la diversité des expériences et des outils disponibles pour traiter de l’information.

La transition vers un nouveau business model

clip_image008

Le deuxième axe stratégique de Microsoft consiste à mettre en place une transition graduelle entre un modèle économique basée sur la vente de licences vers un nouveau modèle reposant sur la commercialisation d’abonnements. Cette approche, déjà à l’œuvre depuis des années en entreprise, permet de dégager des revenus récurrents et prévisibles, lissés sur plusieurs années, qui permettent d’amortir les phases de récession.

Initié avec l’annonce de la Software Assurance en 2001, ce modèle de vente a pris de plus en plus d’importance au fil des années jusqu’à représenter les deux tiers des revenus de la division « Server & Tools » (Windows Server, SQL Server, System Center, …), plus de 50 % de la division « Business » (Office, SharePoint, …) et une proportion moindre pour la division client que Microsoft espère faire croître avec Windows 7 comme on le verra dans la deuxième partie de ce dossier.

La vente de services sur un modèle d’abonnement est également à la base de l’offre MOS (Microsoft Online Services) qui consiste à proposer sur la base d’un forfait mensuel des services de messagerie, de collaboration et de communication hébergés.

C’est encore le même modèle à l’œuvre dans la plateforme Azure où l’éditeur louera des ressources de traitement à des entreprises sur la base du taux d’utilisation de ces ressources.

L’annonce récente de My Phone, un service de synchronisation de données entre Windows Mobile et le Web et celle de la place de marché Windows Mobile sur le modèle d’Apple s’inscrivent dans cette direction.

C’est enfin l’approche utilisée dans Xbox Live qui compte environ 8 millions d’utilisateurs payant de ce service couplé à la Xbox 360.

La mise en place de ce nouveau modèle économique distingue Microsoft de ses deux concurrents majeurs que sont désormais Apple et Google. Le premier repose encore essentiellement sur la vente de matériel qui est susceptible de fluctuations dans une période d’incertitude économique et le second reste ancré dans la vente de publicités en ligne lui aussi dépendant des budgets des annonceurs et donc des cycles économiques.

La position de force de Microsoft en entreprise reste à ce jour très forte, les assauts combinés du modèle du logiciel libre et du SaaS n’ayant pas jusqu’ici engendré de brèche significative dans les ventes de l’éditeur. Beaucoup d’indices et notamment le succès de Windows Server 2008 et d’Hyper-V laissent à contrario à penser que les parts de marché de Microsoft dans les solutions d’infrastructure vont encore se développer comme on le verra dans la troisième partie de ce dossier.

 

La reconquête du grand public

clip_image010

Le troisième défi de Microsoft consiste à reconquérir les faveurs du grand public, virage amorcé depuis désormais deux à trois ans.

De façon à reconquérir le consommateur, l’éditeur peaufine Windows 7, le successeur du très décrié Windows Vista et travaille également à finaliser au plus tôt sa réponse à l’iPhone avec la version 7 de Windows Mobile.

clip_image011

Le succès inattendu de l’iPhone est symptomatique des difficultés que rencontre Microsoft. Avant l’arrivée d’Apple sur ce marché, Microsoft disposait d’une plateforme qui semblait promise à un bel avenir. C’était sans compter sur l’annonce surprise d’une offre qui allait être à l’origine d’un changement de paradigme et modifier profondément la donne en soulignant au passage le déficit d’innovation de Microsoft.

Plus problématique encore, si Windows Mobile 7 arrive au début de 2010, cela signifie qu’il aura fallu à Microsoft trois ans pour réagir, une éternité sur un marché dont les rythmes sont beaucoup plus rapides que celui du PC, lenteur qui présage mal de l’agilité de Microsoft pour faire face à de futurs défis.

Concernant toujours le marché du grand public, le moins qu’on puisse dire est que le Zune a du mal à convaincre face à l’iPod et si la Xbox 360 a dépassé la PS3 de Sony, cette console reste loin derrière la Wii de Nintendo.

Sur le marché du poste client qui représente la place forte traditionnelle de l’éditeur, Microsoft va devoir faire face à une remise en cause de l’hégémonie de Windows du fait de la popularité croissante des Netbook. L’alternative potentielle n’étant pas tant les distributions Linux, les parts de marché de celles-ci étant retombées autour de 10 %, mais plutôt deux dérivés de Linux que sont Android de Google et sans doute Mac OS X si Apple se décide à entrer sur ce marché.

D’une façon générale, Microsoft doit se préparer à un avenir dans lequel les frontières vont progressivement s’estomper entre le PC, le portable, le Netbook et le smartphone. Dans ces nouveaux marchés en devenir, la domination de l’éditeur est rien moins que garantie si l’on en juge par ses difficultés sur le marché des smartphones.

Au crédit de l’éditeur, l’histoire de Microsoft montre que la société est capable de mobiliser ses forces devant la menace que peut représenter une rupture technologique. Lors d’un entretien avec les analystes financiers en février, Steve Ballmer annonçait qu’il ne réduirait pas la voilure en matière d’investissements malgré le contexte économique. Le CEO de Microsoft précisait récemment qu’il allait mettre les bouchées doubles pour accélérer les développements concernant sa plateforme Windows Mobile.

Avec Windows 7 et le futur Windows Mobile 7, Microsoft peut potentiellement revenir en grâce aux yeux des utilisateurs. Dans le cas contraire, les atouts de l’éditeur sur le marché professionnel pourraient à terme se révéler insuffisants à lui permettre de retrouver la confiance de ses clients et de ses investisseurs.

Il est prématuré à ce stade de formuler des pronostics. Reste que l’éditeur semble jouir d’une carte maîtresse avec Windows 7 qui suscite un enthousiasme sans précédents depuis Windows 95.

image

La “task bar” de Windows 7

Microsoft adopte volontairement un profil bas concernant ce produit, se refusant notamment à annoncer une date de sortie alors que tout porte à penser que la finalisation du successeur de Vista est imminente.

Si Windows 7 tient ses promesses, Microsoft pourrait réaliser une excellente opération financière en incitant entreprises et particuliers à mettre à jour une bonne partie des centaines de millions de machines qui restent à ce jour en majorité sous Windows XP.

Windows 7 pourrait également convaincre de nombreux utilisateurs qu’un PC offre désormais autant sinon plus d’attraits qu’un Mac, surtout si on considère l’écart de prix qui sépare ces deux plateformes.

Dans les deux cas, Microsoft serait en position de bénéficier d’une vague importante de mises à jour, même si ses partenaires OEM, qui comptent sur l’arrivée d’une nouvelle version de Windows pour vendre de nouvelles machines, n’en profiteraient pas autant.

Un succès massif de Windows 7 pourrait faire revenir en grâce l’éditeur au yeux du grand public et lui donner les moyens financiers de financer sa diversification en cours en direction du Web.

15 mars 2009 Posted by Hugo Lunardelli | Analyse | no comments

Leave a Reply