Dossier Microsoft 2009 – Quatrième Partie: Office Web Applications, Microsoft Online Services, Azure ou la réinvention de Microsoft autour du cloud
Depuis les origines de Microsoft, le business model de cette société a reposé sur la commercialisation de licences permettant d’utiliser ses logiciels sur des postes de travail ou des serveurs.
Il n’a échappé à personne que ce modèle est aujourd’hui remis en cause par la montée en puissance du SaaS (Software as a Service) et plus généralement par ce que l’on appelle le « cloud computing ».
Les premières offres de type SaaS remontent à près de dix ans, avec les débuts remarqués de Salesforce.com, une entreprise lancée par Marc Benioff ancien cadre dirigeant d’Oracle.
Salesforce.com se proposait en 1999 d’offrir des services de CRM via Internet, moyennant un abonnement mensuel et sans nécessiter d’installation logicielle dans l’entreprise utilisatrice. Le credo de cette société était simple et percutant : il consistait à annoncer « the end of software ».
Dix ans et 50 000 clients plus tard, Bernioff a validé la pertinence de son modèle, même si la fin du logiciel devra attendre encore un peu.
En dix ans, de nombreux acteurs se sont lancés sur ce modèle consistant à fournir du service via l’Internet. Outre plusieurs offres de CRM ou de gestion de ressources humaines, de nombreuses suites bureautiques ont vu le jour avec principalement Google Apps, Zoho, ou encore la suite Zimbra de Yahoo adoptée par Free pour les utilisateurs de son service de messagerie.
Plus récemment en 2007, Amazon démarrait son service EC2 pour Elastic Compute Cloud qui inaugurait l’ère du cloud computing commercial, rapidement suivi par Google, IBM et dans une moindre mesure Sun ou VMware.
Tous les analystes convergent pour annoncer une adoption rapide du « cloud » par les entreprises, le Gartner Group pronostiquant pour sa part une dépense de 150 milliards de dollars en 2013 pour ce type de services, IDC prévoyant 28 milliards de $ en 2012 pour le seul SaaS.
Si de nombreux acteurs se sont déjà lancés en défrichant avec succès ces nouveaux marchés, un lieu commun assez répandu consiste à prédire le dépérissement inéluctable qui guette Microsoft faute de pouvoir s’adapter à ce changement de paradigme.
Or formuler cette analyse revient à fortement sous-estimer la transformation en cours de l’éditeur pour adapter son business model à ce nouveau contexte.
Selon diverses estimations, ce sont au minimum 3 milliards de dollars qui ont été investis par l’éditeur en quatre ans pour financer la construction de nombreux datacenters aux Etats-Unis (Chicago, San Antonio, Quincy) mais également en Europe, à l’instar de celui de Dublin qui vient de démarrer son activité cet été ou celui d’Amsterdam en service depuis quelque temps.
L’importance de la transformation en cours chez Microsoft n’est pas sans rappeler certains précédents, comme le réalignement stratégique annoncé par Bill Gates en 1995 pour prendre en compte l’avènement (déjà) du Web.
Si ce premier changement de cap devait conduire Microsoft à investir dans son propre navigateur en vue de détrôner Netscape, il ne devait finalement pas modifier fondamentalement la vision de la société qui resterait centrée sur le poste de travail.
Malgré quelques expériences avortées comme l’étude d’une version Web d’Office autour des années 2000 ou les tentatives de lancer une offre en mode ASP en plein boom « .com », ces tentatives ont rapidement été abandonnées après l’éclatement de la bulle Internet.
Microsoft est vite revenu au « business as usual », l’éditeur ayant d’autres chats à fouetter en devant par exemple s’investir dans le développement problématique du successeur de Windows XP.
Les origines de Microsoft Online Services
La première inflexion de trajectoire remonte à 2004 lorsque Bill Gates et Ballmer convoquèrent une réunion impliquant, entre autres participants, leur DSI de l’époque Ron Markezich.
Faisant suite à une série de meetings avec des DSI souvent exaspérés de devoir mobiliser une partie significative de leurs ressources et de leur staff, simplement pour maintenir en bon état de marche leur infrastructure, Ballmer était finalement convaincu qu’il faille proposer à ces clients une alternative au modèle traditionnel consistant à déployer des logiciels au sein du datacenter de l’entreprise. Gates et Ballmer réalisaient également que l’internet finirait par devenir un canal de distribution de services informatiques et que Microsoft se devait de se préparer à cette évolution
Ballmer devait expliquer pendant cette réunion que l’avenir de Microsoft résidait non plus dans la vente de licences mais dans la fourniture de services délivrés via le web. Gates et Ballmer précisèrent qu’ils attendaient que l’informatique interne de Microsoft prenne l’initiative sur le sujet en proposant un plan permettant d’accompagner cette transformation.
Le DSI de Microsoft, dont une partie du travail consiste à rencontrer régulièrement ses homologues chez les clients de sa société, avait justement été confronté à un interlocuteur particulièrement remonté à la suite de différents problèmes ayant mobilisé la quasi-totalité de son équipe, aux seules fins de corriger des dysfonctionnements causés par différents virus. Le DSI en question, en charge de l’informatique d’Energizer, demandait purement et simplement à Microsoft de prendre en charge l’exploitation de ses serveurs de messagerie afin de libérer ses ressources internes qui avaient mieux à faire que de patcher des serveurs à longueur de journée.
C’est ainsi, comme le raconte l’article suivant (http://www.fastcompany.com/magazine/130/microsoft-puts-its-head-in-the-cloud.html) que devait débuter une expérimentation discrète qui allait aboutir quelques années plus tard au lancement de Microsoft Online Services (MOS) dirigé aujourd’hui par ce même Ron Markezich.
L’impact de Ray Ozzie
Mais le véritable tournant de la mutation en cours remonte à 2005, année de l’acquisition de Groove Networks par l’éditeur qui voit son dirigeant Ray Ozzie rejoindre finalement Microsoft, après des années d’efforts de Gates et Ballmer pour l’amener à intégrer la société.
Quelques mois après son arrivée, Ozzie était chargé par Ballmer de présider à une réunion impliquant les principaux dirigeants de Microsoft en vue de redéfinir la stratégie du groupe pour prendre en compte l’impact croissant du Web. De ces discussions devait émerger une refonte en profondeur des stratégies de chaque division qui doivent désormais « webifier » tout nouveau produit, à l’instar du développement d’Exchange 2010 ou encore de la version Web d’Office 2010 dont il sera question plus loin.
La vision impulsée par Ray Ozzie, et validée par l’exécutif de Microsoft, ne s’arrête pas à l’aspect produit mais touche également au business model, à la prise en compte de l’expérience utilisateur et comme on le verra, au développement d’une nouvelle plateforme conçue spécifiquement pour le Web.
La vision de Ray Ozzie fit l’objet d’un mémo largement diffusé cette même année 2005. Intitulé «The Internet Services Disruption.", ce document n’était pas sans évoquer un autre mémo fameux écrit par Bill Gates en 1995 et appelé « The Internet Tidal Wave » à l’origine de la première transformation de Microsoft rappelée plus haut.
En Novembre 2005, Microsoft annonçait une nouvelle offre « Windows Live » destinée à succéder à la multitude de services grand public jusque là regroupés dans sa division MSN.
Après des débuts quelque peu cafouilleux, Windows Live qui en est à la « Wave 3 » intègre de mieux en mieux une série de services (messagerie (Hotmail), messagerie instantanée (Messenger), gestion de photos, de vidéos, outil de gestion de blog, … ) désormais découplés de Windows et disponibles indifféremment pour les utilisateurs de Windows XP, Vista et bien sûr de Windows 7.
A peu près à la même époque débutaient les investissements dans les premiers datacenters destinés à supporter la nouvelle stratégie cloud en cours de formulation chez Microsoft.
Software +Services
Au cours des années suivantes, l’éditeur devait affiner sa stratégie et communiquer sur celle-ci en la décrivant sous le raccourci de « Software +Services » en opposition au plus répandu « SaaS ».
Le SaaS, dans son acception puriste, suppose que l’ensemble des traitements soient effectués sur un serveur, là où Microsoft avec son approche Software +Services suggère de tirer parti de la puissante de traitement et d’affichage disponible sur la machine locale. Cette répartition des tâches à pour objet d’offrir une expérience utilisateur plus riche tout en permettant d’optimiser les traitements répartis entre poste client et service hébergé, une sorte de client-serveur à la mode web.
Les puristes du modèle SaaS semblent perdre du terrain ces derniers temps si l’on considère par exemple les revirements d’Apple et de Google sur ce terrain.
Le premier avait annoncé, lors du lancement de l’iPhone en 2007, que seules seraient autorisées les applications s’exécutant au sein du navigateur, excluant le développement et la commercialisation d’applications tierces parties pour cet appareil. Deux ans plus tard, l’App Store représente l’argument le plus important mis en avant Apple comme les opérateurs pour pousser cet appareil.
Concernant Google, après avoir annoncé Google Gears permettant d’utiliser ses services en mode déconnecté, cette société vient de développer un connecteur permettant d’utiliser Outlook en tant que client de son service GMail.
Enfin, Adobe tout comme Microsoft ont apporté des évolutions à leurs offres RIA (Rich Internet Applications) en proposant un mode d’exécution déconnecté avec Air d’Adobe et Silverlight 3.
La vision des trois écrans
Plus récemment, Ray Ozzie a commencé à préciser sa vision de l’impact du cloud sur la direction de Microsoft en la résumant sous le raccourci « Three screens and the cloud ».
Les écrans dont il s’agit comprennent toujours l’incontournable PC, mais un ordinateur personnel qui se voit désormais épaulé par deux autres types d’écrans amenés à jouer un rôle de plus en plus important dans l’expérience utilisateur. Ces deux écrans supplémentaires sont celui du téléviseur et enfin celui d’un dispositif mobile comme un smartphone ou bien un notebook.
Dans cette vision, le téléviseur est amené à s’émanciper de son statut de terminal pour programmes diffusés en devenant une nouvelle fenêtre sur le Web, en constituant l’outil privilégié de la consommation de données numériques du foyer. Une nouvelle génération de téléviseurs nativement connectés à Internet, Wi Fi et utilisables via une interface tactile conduiront cette transition.
Enfin, selon Ozzie, la mobilité prendra de plus en plus d’importance dans notre façon de consommer des services numériques via un smartphone ou bien à travers un notebook connecté en 3G.
Dans cette vision, ces trois écrans seront reliés par le cloud et Microsoft voit son avenir dans le développement d’une gamme de services qui permettra d’utiliser, en fonction du contexte, l’un ou l’autre de ces écrans, tout en conservant une expérience utilisateur commune.
Une offre de services en plein essor
Concernant l’offre de services, l’éditeur annonçait en Juillet 2008 le lancement de Microsoft Online Services suivi, fin Octobre de la même année, par la présentation par Ray Ozzie en personne d’Azure, la nouvelle plateforme cloud de l’éditeur. En novembre prochain, Azure sortira de sa phase de test pour entrer dans sa phase opérationnelle et la première version Web d’Office sera entrée en phase de test pour le grand public.
Quatre ans après l’arrivée d’Ozzie, un an après la semi-retraite de Bill Gates, Microsoft est en ordre de marche pour aborder une nouvelle phase de son histoire.
Microsoft Online Services
Aboutissement d’une expérience débutée cinq ans plus tôt avec quelques grands clients, MOS représente une offre de services hébergés destinés à l’entreprise qui rencontre un succès croissant si l’on en croit Microsoft. (cliquez sur ce lien pour une analyse détaillée du service)
L’éditeur annonce entre 600 000 et un million d’utilisateurs (en fonction des sources) pour ses services hébergés de messagerie, de collaboration ou de communication basés sur Exchange, SharePoint, Live Meeting et Communications Server, sans oublier une offre CRM avec Dynamics CRM Online. Optimiste, Microsoft prévoit que la moitié des boites aux lettres Exchange seront hébergées dans les cinq ans.
Les services MOS sont disponibles à la carte (8 €/utilisateur/mois par exemple pour Exchange) mais également sous la forme d’une suite appelée BPOS (Business Productivity Online Suite) réunissant l’ensemble des services à un prix discounté de 12,78 €/utilisateur/mois. A l’instar du package Office qui concentre l’essentiel des ventes, BPOS représente l’option la plus souvent choisie par les utilisateurs de MOS.
Microsoft pousse la promotion de ces services en s’appuyant sur son écosystème partenaires et annonce avoir recruté 5 000 prestataires à même de commercialiser cette offre.
Parmi les clients annoncés, Microsoft détaille une vingtaine de multinationales parmi lesquelles GlaxoSmithKline qui a basculé ses 100 000 utilisateurs sur MOS, Philips, Coca Cola, Nokia et concernant le marché français des références comme Bouygues, Libération ou encore le Crédit Agricole.
L’objectif de MOS est de permettre à ses utilisateurs d’externaliser tout ou partie de ses services de messagerie, de collaboration ou de communication afin de réaliser des économies d’exploitation mais aussi de libérer des ressources en personnel qui pourront s’employer à des projets plus valorisants et utiles à l’entreprise, plutôt que de se consacrer à de la maintenance d’infrastructure.
L’un des attraits de la vision Software +Services sur laquelle repose MOS consiste à s’appuyer sur la familiarité que les utilisateurs entretiennent avec leurs outils et notamment avec Office.
Plutôt que de demander à ses utilisateurs d’apprendre une nouvelle interface utilisateur plus ou moins conviviale exposée au sein d’un navigateur, une entreprise déployant BPOS se contentera de reconfigurer les paramètres de connexion aux différents services sans toucher aux outils du poste client.
Pour les utilisateurs d’Outlook, ce dernier continuera à représenter l’outil de traitement des messages, des rendez vous et contacts, que le serveur Exchange utilisé soit celui exploité par Microsoft dans MOS, celui d’un partenaire comme Orange Business Service, ou celui de l’entreprise.
Google lui-même semble avoir implicitement validé cette approche en proposant récemment l’emploi d’Outlook aux utilisateurs de GMail qui le souhaitent.
L’autre force de MOS tient à la nature hybride du service qui permet de mixer différentes architectures (services hébergés tout comme ceux en provenance du datacenter de l’entreprise) sans renoncer à l’unicité de l’annuaire de l’entreprise. En d’autres termes, une entreprise pourra choisir d’externaliser son service de messagerie pour certains de ses utilisateurs tout en retenant la responsabilité et la sécurisation des messages d’autres catégories d’utilisateurs sensibles, ceci en maintenant un annuaire unique permettant à chaque employé de communiquer avec tout autre collaborateur de l’entreprise. Microsoft cite l’exemple de Bouygues qui a mis en place une telle architecture pour ses besoins propres.
MOS, à l’instar de services de type SaaS, fait l’objet d’une facturation mensuelle qui est fonction du nombre d’utilisateurs et des services consommés. Beaucoup de DAF y voient une façon plus souple et plus prédictible de budgéter la dépense informatique. Elle ajoute une flexibilité concernant la possibilité d’ajouter ou de supprimer des utilisateurs
Enfin, l’approche Software +Services permet à Microsoft de faire bénéficier à ses clients d’évolutions fonctionnelles fréquentes dont ils n’auraient pas pu tirer eux même profit, sauf à mettre à jour leur infrastructure. Depuis les débuts du service en Novembre 2008, Microsoft a fait évoluer MOS fonctionnellement à plusieurs reprises (plus grande capacité des boites aux lettres et des attachements, support de différentes versions d’Outlook, …).
Une caractéristique souvent méconnue des services hébergés est qu’elle permet à de nombreux collaborateurs dépourvus de PC d’accéder malgré tout aux services d’une messagerie électronique et aux ressources des sites collaboratifs. Microsoft estime que sur les 25 millions de collaborateurs présents dans les entreprises françaises, 13 millions ne disposent pas d’une machine dédiée et représentent de ce fait les premiers intéressés par ce type de services accessibles depuis tout PC partagé.
Sachant que l’accès BPOS, pour ces utilisateurs que Microsoft appelle « Deskless Workers », est facturé aux alentours de 2 €/mois, l’offre devrait intéresser de nombreuses sociétés dans l’industrie et les services.
Concernant la réduction des coûts d’exploitation, GSK qui a déployé ses 100 000 utilisateurs sur MOS affirme avoir réduit ses coûts d’exploitation de 30 %. Microsoft de son côté promet des économies comprises entre 10 et 50 % par rapport à une exploitation traditionnelle.
La mise en œuvre de MOS rencontre néanmoins quelques limites concernant notamment la personnalisation des sites de collaboration développés sous SharePoint. Les services MOS étant hébergés par des versions multi-tenants des applications de Microsoft, il n’est pas possible de dépasser certaines limites en matière de customisation sauf à souscrire à une offre donnant accès à des serveurs dédiés, le prix étant en ce cas sensiblement plus élevé.
L’autre écueil potentiel tient au coût et à la complexité du licencing de ces services. La souscription MOS implique d’acquérir un nouveau type de licence appelé USL pour User Subscription Licence.
Dans certains cas, une entreprise négociant un « Entreprise Agreement » pour l’ensemble des poste de travail mais souhaitant déployer BPOS pour une partie de ses collaborateurs devra malgré tout acquitter une CAL pour ces derniers, même s’ils n’en ont pas besoin d’accéder aux serveurs de l’entreprise. Il n’est pas possible aujourd’hui de mélanger USL et CAL dans un EA, lacune que Microsoft adressera sans doute à l’avenir.
Au-delà de MOS qui touche à la productivité individuelle, Microsoft a clairement laissé entendre qu’il serait amené dans le futur à multiplier ce type de services. Bob Muglia, VP en charge de la vision serveurs, annonçait il y a quelques mois le lancement en 2010 d’un service de management du poste de travail basé sur l’offre System Center. On peut facilement extrapoler cette annonce en imaginant un avenir proche dans lequel l’ensemble des fonctions relatives à la gestion et la maintenance de l’infrastructure d’une entreprise puisse être externalisée à Microsoft ou l’un de ses partenaires.
MOS représente à ce jour la réponse de Microsoft aux offres de Google, de Zoho et autres fournisseurs de services de productivités en mode SaaS.
Office Web Applications
Présentées pour la première fois en Novembre 2008, les applications Web Office (dont l’acronyme OWA pour Office Web Applications est à ne pas confondre avec celui d’Outlook Web Access) sont à ce jour au nombre de quatre : Word, Excel, OneNote et enfin PowerPoint.
Selon Microsoft, les applications OWA sont des produits « compagnons » des versions classiques de chacune de ces applications et ne prétendent pas se substituer à celles-ci, contrairement aux suites bureautiques hébergées concurrentes. OWA supporte les navigateurs Internet Explorer, FireFox mais également Safari sur Mac OS (mais pas sur PC semble-t’il).
OWA permet un accès en lecture des documents Office mais autorise également une édition que Microsoft qualifie de « légère », la saisie de texte et sa mise en forme par exemple, mais pas l’édition d’une table des matières dans Word.
Microsoft a apporté un grand soin à l’interface utilisateur d’OWA. Elle a pour mission de répliquer le plus fidèlement possible l’interface de la version « riche » d’Office (Utilisation du ruban, …) pour capitaliser sur la familiarité qu’entretiennent les utilisateurs avec cette suite. La qualité de l’interface a également pour objet de valoriser OWA vis-à-vis de suites concurrentes dont l’interface est souvent spartiate.
OWA sera disponible sous deux formes suivant qu’elle s’adresse au grand public ou à l’entreprise.
Pour le grand public, OWA sera gratuit et permettra d’accéder, de travailler et de collaborer sur des documents stockés sur un service Web tel que Skydrive, sans nécessiter de disposer de la suite Office sur sa machine.
Dans la démonstration d’OWA à laquelle j’ai récemment assisté, j’ai constaté qu’il sera possible de travailler à partir d’un navigateur, mais également de changer de contexte de travail à tout moment en téléchargeant le document en cours sur son PC afin d’utiliser toute la puissance d’Office si nécessaire. On pourra alors recharger le document modifié sur le serveur et le mettre à disposition d’autres utilisateurs.
OWA devrait entrer dans une phase beta restreinte au cours du mois de septembre avant de passer en beta publique avant la fin de l’année. La disponibilité commerciale devrait coïncider avec le lancement d’Office 2010, sans doute au printemps prochain.
Pour les entreprises, OWA intéressera deux types de populations.
La cible la plus importante sera sans doute les « Deskless Workers » évoqués plus haut qui trouveront dans OWA un complément bienvenu à l’utilisation de MOS.
Via MOS, un col bleu pourra accéder à un site SharePoint interne et utiliser OWA pour éditer les documents présents sur ce site. De la même façon, une entreprise pourra permettre à des prestataires, partenaires ou consultants de collaborer collectivement sur des documents hébergés sur un extranet.
Selon Microsoft, il existe une demande très forte pour ce type de services et l’éditeur réfléchit à l’ajout d’OWA dans les services disponibles sous MOS.
L’autre scénario envisagé pour OWA consiste dans des collaborateurs itinérants qui pourront, via n’importe quel PC, se connecter sur leur réseau d’entreprise et accéder aux ressources collaboratives sans nécessiter d’avoir Office installé sur leur machine.
La différence entre ces deux scénarios réside dans le fait qu’à travers l’utilisation de MOS, services et données OWA seront hébergés par Microsoft tandis que dans le deuxième cas de figure, ce seront les serveurs de l’entreprise qui se chargeront de l’hébergement des documents comme des traitements.
Ce dernier point représente un élément essentiel différentiant l’offre de Microsoft vis à vis de Google Apps. Le service de Google implique un hébergement de l’ensemble des documents sur les serveurs de cette société, ce que beaucoup d’entreprises hésitent à autoriser pour des raisons de sécurité. (On se souvient que cet été un des fondateurs de Twitter utilisateur des services de Google, avait vu son accès GMail piraté, ce qui avait donné à son hacker un accès complet à des documents stratégiques postés sur Google Apps.)
Microsoft ne semble pas craindre le risque de cannibalisation des ventes d’Office par leur version web gratuite. La version grand public sera financée par la publicité et sera positionnée comme un outil complémentaire à Office. Elle s’adressera également aux utilisateurs occasionnels qui n’auraient de toute façon pas acheté Office mais qui trouveront dans OWA une alternative aux offres concurrentes de suites bureautiques hébergées.
Pour les entreprises, OWA représentera une option supplémentaire gratuite pour celles qui auront licencié Office 2010.
En ajoutant OWA aux services de MOS, Microsoft fournira une offre fonctionnellement riche, comparée aux suites bureautiques hébergées concurrentes, qui présentera l’intérêt de capitaliser sur une expérience utilisateur familière et d’offrir une compatibilité totale avec le format Office.
Azure
La version « cloud » de la plateforme Windows annoncée en octobre 2008 par Ray Ozzie est actuellement en phase de CTP (Community Technical Preview) et devrait entrer en production d’ici le mois de Novembre de cette année.
Azure est une plateforme web destinée à héberger des applications et stocker des données pour le compte de tiers, qu’il s’agisse d’éditeurs de logiciels, d’entreprises souhaitant externaliser l’exécution de certaines applications ou services, mais encore de start-up désireuses de monter un site web d’envergure sans pour autant investir dans une infrastructure conséquente.
La proposition de valeur d’Azure consiste à promettre à ses futurs utilisateurs qu’ils pourront déployer leurs applications dans cette plateforme en ayant l’assurance qu’elles seront monitorées en permanence, qu’elles se verront allouer dynamiquement les ressources dont elles auront besoin et enfin qu’elles bénéficieront d’un SLA contractuel, le tout en réalisant des économies substantielles sur les dépenses d’investissement ainsi que sur les coûts d’exploitation.
Les services d’Azure
Schématiquement, Azure repose sur une batterie de serveurs exécutant Windows Server sur lesquels s’appuie un environnement d’exécution .NET. Cet environnement comprend ce que Microsoft appelle la « fabrique », élément clé de la plateforme dont le rôle est de lancer chaque application dans une machine virtuelle et d’allouer dynamiquement à cette dernière les ressources dont elle a besoin.
Azure a pour objectif d’affranchir ses utilisateurs des tâches de supervision des applications, de gestion de la sécurité, de stockage des données et de leur sauvegarde tout en assurant une haute disponibilité garantie par un SLA. La plateforme Web de Microsoft doit enfin être capable de déployer dynamiquement autant d’instances d’un programme que nécessaire afin de répondre à des pics de demande.
Azure met à disposition de ses utilisateurs un ensemble de services, destinés à évoluer au cours du temps, qui comprennent à ce stade des services d’exécution, de stockage et de management d’applications.
A ces services d’infrastructure s’ajoutent Azure SQL qui vise à apporter tout ou partie des fonctionnalités de SQL Server, y compris les fonctions de business intelligence, et bien sûr l’hébergement des données.
Enfin Azure comprend un bloc « .NET Services » contrôlant les accès et gérant la sécurité. .NET Services à vocation à connecter les applications, à la façon d’un ESB, mais également à orchestrer les processus entre applicatifs, que ceux-ci soient hébergés dans Azure, une plateforme cloud tierce ou encore émanant d’un datacenter.
Azure est accessible via les protocoles Web standards : Rest ou Soap notamment. Il supporte les applications .NET mais s’ouvre progressivement vers d’autres langages comme PHP, Python ou Ruby, MySQL et potentiellement Java.
Le développement d’applications pour Azure représente un des points forts de l’offre de Microsoft.
Le développement, tout come les tests, se font localement via un jeu d’outils spécifiques qui vont s’intégrer à Visual Studio et permettre de coder, de débugger et enfin de packager une application avant de l’uploader sur Azure en vue de sa mise en production.
Le développement d’applications destinés à s’exécuter dans Azure requiert néanmoins des changements par rapport aux règles d’écriture d’un programme traditionnel, tout en capitalisant largement sur la connaissance du framework .NET.
Réduction du TCO
Un argument clé mis en avant par tous les vendeurs de Cloud computing consiste à promettre des réductions significatives des coûts d’exploitation et plus généralement du TCO (Total Cost of Owneship). Dans ce domaine, Microsoft met en avant les économies potentiellement réalisables en fonction du type d’application dans le tableau ci-après :
Schématiquement, Microsoft considère que l’hébergement d’une application type permettra de réaliser une économie de 20 % sur le TCO, c’est-à-dire sur l’ensemble des coûts liés à cette application (matériel, logiciel, installation, maintenance, monitoring, patching, backup, …). Le gain d’efficience induit par Azure étant essentiellement lié à l’automatisation du management de l’application.
Dans le cas d’une application e-Commerce impliquant des pics transactionnels importants, l’économie potentiellement réalisable par l’utilisateur peut atteindre 80 % du TCO. Cette économie découle de la capacité d’Azure à monter en charge dynamiquement sans nécessiter pour l’entreprise de devoir investir dans une infrastructure lourde et sous utilisée la plupart du temps.
Modèle de prix
Le modèle de prix annoncé en juillet 2009 par Microsoft à ses partenaires réunis à la nouvelle orléans s’apparente à celui d’Amazon. L’option la plus simple étant une facturation à la consommation (« pay as you go »).
Pour résumer, Microsoft facturera la consommation des services de traitement, le volume de stockage utilisé, le nombre de messages envoyés ou reçus et enfin la bande passante employée suivant le barème ci-après :
Windows Azure
• Computing: $0.12 per hour
• Storage: $0.15 per gigabyte per month stored
• Storage transaction: $0.10 per 10,000 transactions
• Bandwidth: $0.10 in/$0.15 out per gigabyte
SQL Azure
• Web Edition Database, includes up to 1GB relational database: $9.99
• Business Edition Database, includes up to 10GB relational database: $99.99
• Bandwidth (both): $0.10 in/$0.15 out per gigabyte
.NET Services
• Messages: $0.15 per 100,000 message operations, including Service Bus messages and Access Control tokens
• Bandwidth: $0.10 in/$0.15 out per gigabyte
Pour les clients qui souhaitent s’engager sur une période de six mois, un an ou plus, Microsoft offrira des remises conséquentes.
Enfin, concernant les entreprises disposant d’un « Entreprise Agreement », il sera possible d’intégrer l’utilisation d’Azure dans une clause de ce contrat et de bénéficier de réductions liés au volume du contrat.
Sans entrer dans une comparaison détaillée, Microsoft a fait en sorte de facturer chacune des options d’Azure de façon compétitive vis-à-vis des services comparables d’Amazon.
SLA
Dernier point et non des moindres, Microsoft s’engage sur un SLA dont les caractéristiques sont illustrées ci-après :
Microsoft ne spécifie pas à ce stade si le manquement à ces SLA sera assorti de contreparties financières mais on peut suppose que ce sera bien le cas, à l‘instar de ce qui existe pour MOS.
Spécificités d’Azure
Selon Microsoft, Azure se veut une plateforme cloud computing complète, capable de répondre à la plupart des besoins, là ou ses concurrents visent souvent une cible plus étroite.
Si Microsoft crédite Amazon d’avoir fait œuvre de pionnier en la matière, l’éditeur explique qu’il a soigneusement réfléchi aux challenges du métier d’hébergeur et soutient que qu’Azure apporte un lot d’innovations conséquent en matière de provisioning et d’automatisation du management des applications hébergées.
Amazon Web Services doit sa réputation au fait d’avoir introduit EC2 (Amazon Elastic Computer Cloud), une caractéristique permettant d’affecter autant d’unités de traitements que nécessaire pour assurer la montée en charge d’une application. Le modèle de prix d’Amazon est basé sur la facturation du nombre d’unités consommées ainsi que sur le volume de stockage utilisé. Les applications hébergées par Amazon s’exécutent au sein d’une machine virtuelle et ne semblent pas poser de restrictions quant aux systèmes et langages supportés (au choix, le stack LAMP ou celui de Microsoft). Amazon fournit par ailleurs un service de gestion de données rudimentaire appelé « Simple DB ».
Google App Engine fournit un environnement d’exécution qui nécessite l’utilisation du langage Python et celui du framework Django. Il est nécessaire d’utiliser le système de stockage et de gestion de données de Google BiGTable ainsi que GFS, le file system de Google. Le développement et l’hébergement d’applications sur cette offre nécessite une connaissance intime de l’environnement de Google.
En comparaison des deux offres précédentes, Azure présente une gamme de services significativement plus étendue. Elle se prête en conséquence à une plus grande variété d’applications en offrant par exemple des services de traitement de données beaucoup plus étendus. Azure offre des services de gestions de message plus complets que ceux d’Amazon ou ceux de Google.
Azure se prête particulièrement bien à l’exécution d’applications composites intégrant des services en provenance d’un grand nombre de sources, qu’il s’agisse de datacenters privés ou de plateformes cloud tierces. Azure offre l’équivalent fonctionnel d’un BizTalk Server en intégrant un bus de services et une orchestration des processus déjà présents dans .NET. En ce sens, Azure paraît être une solution intéressante pour développer des places de marché intégrant un grand nombre de participants.
Le nombre important de langages supportés (une caractéristique de .NET), le support de PHP et de langages dynamiques comme Ruby ou Python, l’intégration du SDK dans Visual Studio donnent un avantage significatif à Microsoft dans le domaine de la facilité de développement, de test et de déploiement.
Enfin, Azure tout comme MOS est destiné à évoluer rapidement. Microsoft compte enrichir significativement sa palette de services à l’occasion du lancement en production d’Azure en Novembre et affichait la roadmap suivante à l’attention de ses partenaires en Juillet dernier.
La position de Microsoft
Contrairement à certaines idées reçues, Microsoft se positionne désormais en acteur de premier plan du cloud, loin devant ses concurrents traditionnels tels qu’Oracle ou IBM et à une distance raisonnable d’Amazon et de Google.
Le travail réalisé silencieusement par Ray Ozzie depuis son arrivée en 2005 commence à porter ses fruits comme en attestent les lancements de MOS en 2008, celui d’Azure dans quelques semaines et enfin l’arrivée de la première version Web d’Office dans quelques mois.
Après avoir investi plusieurs milliards dans son infrastructure cloud, Microsoft est en passe de tirer profit de l’externalisation par ses clients de bon nombre de services qui ne comportent pas de caractère stratégique pour l’entreprise.
Ce mouvement se fera graduellement sentir au cours des années à venir, les services de messagerie étant sans doute les premiers à être externalisés, suivis progressivement par des applications comme le CRM, la gestion des ressources humaines, …
Progressivement les DSI prendront le réflexe de considérer l’alternative cloud avant que d’investir dans toute nouvelle dépense d’infrastructure et on devrait ainsi assister au déplacement de nombreuses applications dans les années à venir, la question essentielle étant de maintenir une communication parfaite entre applications internes et applications externalisées.
En proposant avec MOS des outils de synchronisation de son annuaire Active Directory, Microsoft permet de maintenir un annuaire unifié simplifiant la transition entre services internes et services hébergés. La couche .NET d’Azure de son côté permet de rendre transparents les échanges de messages et la coordination des traitements entre applications traditionnelles et hébergées.
Dans un univers IT dont la caractéristique principale sera d’être hybride, Microsoft paraît bien placé pour accompagner ses clients dans une transition vers le cloud computing qui s’étalera sur de nombreuses années.
A son crédit, Microsoft dispose d’une connaissance du monde de l’entreprise bien plus établie que celle de ses concurrents et présente l’avantage de proposer une transition graduelle plutôt qu’une approche purement « cloud » comme celle de son principal rival Google.
L’éditeur dispose du plus important écosystème de développeurs et de partenaires du monde IT qu’il compte mobiliser et motiver pour accompagner la migration de ses clients vers sa plateforme.
Microsoft est une des rares sociétés à réunir la capacité et la volonté d’investir des milliards de dollars sur le long terme. Pour ce faire, Microsoft peut s’appuyer sur une expertise découlant d’années d’expérience dans l’exploitation de services grand public tels qu’Hotmail ou Messenger qui comptent des centaines de millions d’utilisateurs.
L’éditeur dispose enfin en interne, de l’ensemble des briques technologiques requises pour offrir une palette complète de services aux utilisateurs de sa plateforme cloud.
A ce sujet, Azure présente la caractéristique essentielle de s’exécuter sur le stack Microsoft, i.e Windows Server, Hyper-V, IIS, SQL Server et .NET.
Comme le résume parfaitement Kevin Turner, le COO de Microsoft, avec Azure « We get paid to run our stuff ».
Microsoft semble avoir développé une vision à long terme de sa plateforme cloud si l’on en croit la roadmap publique qu’il a présentée à ses partenaires en juillet dernier. Il est probable que Ray Ozzie reviendra sur scène lors du lancement d’Azure en novembre pour rappeler ce qui a été réalisé jusqu’ici et annoncer les développements futurs de sa plateforme.
En conclusion, il serait périlleux pour quiconque de sous-estimer la transformation en cours chez Microsoft pour s’adapter au cloud computing.
Le lancement imminent de Windows 7 et celui d’Office 2010 dans quelques mois ne doivent pas occulter les investissements majeurs réalisés par l’éditeur pour faire évoluer son business model et rester un des acteurs majeurs des technologies de l’information.