getVIRTUALnow vs. VMworld : la contre-attaque de Microsoft sur le terrain de la virtualisation
Deux événements importants dans le domaine de la virtualisation viennent de se produire ce mois de Septembre avec d’une part getVIRTUALnow, l’évènement de lancement de l’offre de virtualisation de Microsoft qui s’est tenu le 8 Septembre dernier, et VMworld de VMware d’autre part qui s’est tenu la semaine suivante.
Une édition française de getVIRTUALnow est par ailleurs planifiée le 2 Octobre (http://www.microsoft.com/france/microsoft-days/special-lancements/default.aspx), la manifestation étant complète à ce jour.
La proximité des dates entre les manifestations de VMware et de Microsoft n’a évidemment rien d’une coïncidence, GetVIRTUALnow ayant été planifié de façon à préempter l’attention des médias avant que VMware ait l’occasion de dévoiler sa nouvelle stratégie dans ce domaine.
Quoi qu’il en soit, il est intéressant d’opérer un retour sur les principales annonces qui viennent d’avoir lieu et d’en tirer quelques indications concernant les positions respectives des deux éditeurs.
Le lancement de Microsoft intervenait quelques semaines après la disponibilité finale d’Hyper-V, l’hyperviseur destiné à contrer la domination que VMware exerce sur ce marché depuis plusieurs années.
Selon une étude EMA publiée en Avril 2008 portant sur 627 entreprises américaines, VMware domine logiquement le marché avec 89 % des entreprises questionnées dans cette étude déclarant utiliser son offre, la surprise venant de Microsoft qui compte 81 % de réponses suivie par Citrix à 60 %. Enfin, 32 % des entreprises interrogées prévoient de déployer Hyper-V.
Microsoft devait utiliser getVirtuaNow pour présenter l’ensemble de son offre en matière de virtualisation : du serveur au PC, en passant par l’infrastructure de management, les sociétés utilisatrices et enfin les partenaires qui s’engagent à commercialiser et supporter ces solutions.
Depuis le rachat de Connectix en 2003 (société à l’origine de Virtual PC et de Virtual Server), Microsoft à procédé méthodiquement à de nombreuses acquisitions lui permettant de rattraper son retard dans le domaine de la virtualisation. Citons notamment les acquisitions de Softricity (qui donna lieu à l’offre SoftGrid aujourd’hui rebrandée App-V), Kidaro (une solution permettant d’exécuter une machine virtuelle « corporate » à l’intérieur d’un OS type XP ou Vista), ou encore les partenariats avec Citrix autour de Xen et celui avec Novell permettant de supporter nativement Suse dans un contexte Hyper-V.
Microsoft dispose aujourd’hui d’un large portefeuille de solutions lui permettant de supporter directement, ou indirectement dans le cas de Citrix, la plupart des scénarios allant du datacenter à la virtualisation du poste de travail.
Les annonces de getVIRTUALnow
Cet événement de lancement a été l’occasion pour Microsoft de procéder à plusieurs annonces concernant la disponibilité à plus ou moins long terme de différents composants de sa plateforme.
· L’annonce la plus médiatisée concernait la disponibilité en Octobre d’une version « stand alone » (sans Windows Server 2008 donc) d’Hyper-V qui sera téléchargeable gratuitement dans les 30 jours (début Octobre) et qui servira d’hyperviseur supportant des machines virtuelles Windows comme Linux.
· L’autre annonce, plus attendue celle là, concernait la disponibilité dans le même délai de la version de System Center Virtual Machine Manager 2008 qui permettra de gérer les machines virtuelles hébergées par Hyper-V, mais également VMware ESX, et non plus seulement celles de Virtual Server 2005 comme c’était le cas jusqu’alors.
· Une troisième annonce concernait la finalisation d’App-V (Application Virtualization 4.5, i.e. la nouvelle version rebrandée de SoftGrid) qui sera disponible dans les prochaines semaines dans le cadre de la version R2 du MDOP (Desktop Optimization Pack).
· Enfin, Microsoft devait procéder à une démonstration technologique de « Live migration », une fonctionnalité permettant de migrer sans délai une application en production d’un serveur à un autre, de façon à donner corps à ses promesses de parité fonctionnelle avec l’offre VMware qui dispose déjà, avec VMotion, de cette caractéristique. « Live Migration » ne sera pas disponible avant au moins deux ans puisqu’il faudra attendre la version R2 de Windows Server 2008 qui est prévue en 2010.
La vision d’un Datacenter dynamique à un prix attractif
Ces annonces ont servi à alimenter la promesse d’une infrastructure complète de virtualisation du Datacenter qui prendra également en compte les extensions vers le « cloud computing » que Microsoft, tout comme ses clients implémenteront dans les mois et années à venir.
Microsoft déclarait utiliser agressivement en interne les produits qu’il développe, pratique habituellement qualifiée de « dog food ». Selon l’éditeur, le site Microsoft. com repose de plus en plus sur la consolidation avec par exemple les sites Technet et msdn qui s’exécutent complètement sous Hyper-V.
De façon à se différencier de VMware, Microsoft met en avant un pricing attractif qui repose d’une part sur la gratuité de l’hyperviseur et d’autre part sur la disponibilité de trois éditions de Windows Server 2008 permettant d’héberger gratuitement une, quatre ou un nombre illimité de serveurs Windows virtuels dans le cas de l’édition Datacenter de Windows Server 2008.
Microsoft insiste également sur son offre System Center qui autorise la gestion non seulement des machines hébergées Windows (x86 et 64 bits), mais également celles d’autres environnements tels que ceux de VMware. A cette gestion de machines virtuelles, System Center Operation Manager permet d’ajouter celle des applications qui s’exécutent dans ces machines virtuelles ainsi que la supervision des composants hardware.
Kevin Turner, COO de Microsoft, devait souligner les économies résultant de l’utilisation d’un environnement d’administration déjà familier pour les nombreux utilisateurs de l’offre System Center en entreprise.
Plutôt que de former des administrateurs à l’utilisation des outils de management de VMware, il est plus efficient, selon Microsoft, de capitaliser sur des compétences existantes pour gérer les environnements VMware ESX et Hyper-V simultanément avec les mêmes outils. D’après Turner, la plupart des entreprises seront amenés à déployer Hyper-V concurremment avec leurs installations VMware existantes et étant donné qu’elles seront en mesure d’utiliser les mêmes outils d’administration, elles seront progressivement tentées de remplacer ESX par Hyper-V compte tenu du différentiel de prix.
Microsoft parie sur la commoditisation de la virtualisation pour convaincre les entreprises que son offre représente une meilleur retour sur investissement que celui offert par son principal concurrent, à condition bien sûr que celles-ci n’aient pas un besoin impératif des fonctionnalités (essentiellement VMotion) dont VMware dispose aujourd’hui et que Microsoft mettra à leur disposition dans un horizon plus lointain.
L’offre de virtualisation du poste de travail
Si l’essentiel des efforts en matière de virtualisation se sont portés jusqu’ici sur la consolidation de serveurs, Microsoft estime que la virtualisation du poste de travail devrait jouer un rôle encore plus important en apportant une souplesse inédite dans des domaines clés comme le déploiement dynamique d’applications sur le poste de travail (via App-V), la virtualisation de la présentation (à travers les solutions XENDesktop de Citrix) et à plus long terme la virtualisation du poste de travail d’entreprise à travers MED-V (Microsoft Entreprise Desktop Virtualization) qui reposera sur la solution de Kidaro.
Cette multiplicité de solutions prend en compte autant de scénarios distincts.
· App-V permet le déploiement à la demande d’applications qui ne nécessitent pas d’être installées au sens traditionnel du terme, c’est-à-dire que ne modifient pas la configuration du poste en venant installer un certain nombre de DLL, en modifiant la base de registre, … App-V « streame » un flux de bits à destination d’un poste, l’application résultante s’exécutant dans une « bulle » qui ne vient pas interférer avec d’autres applications. Avantages : simplicité de déploiement d’applications temporaires ou permanentes, fonctionne on line comme off line, résolution des incompatibilités existants entre différentes applications, élimination des tests de régression, réduction du nombre d’images systèmes à tester et maintenir. Limites: nécessite la SA sur le poste de travail, n’adresse pas la question d’une éventuelle incompatibilité d’une application avec l’OS.
· Xen Destkop de Citrix permet d’héberger un environnement PC complet (OS, applications et données) au sein d’un serveur et d’en déporter l’affichage sur tout poste connecté au réseau, ce qui correspond à ce que certains analystes appellent VDI ou Virtual Desktop Infrastructure. On n’oubliera pas non plus la virtualisation applicative avec Xen App qui représente un sur-ensemble des Terminal Services de Windows Server. Avantages : Technologies éprouvées, supportant la montée en charge, pas d’incompatibilités. Limites : pas de mode off line, coût.
· MED-V permet le déploiement sur toute machine, corporate ou non, d’une machine virtuelle sécurisée et validée par la DSI contenant les applications métiers et les données associées. L’élégance de la solution tient à ce que les applications « métiers », installées sur cette machine virtuelle, se lancent et s’exécutent dans le même bureau que les applications personnelles de l’utilisateur. Un scénario d’utilisation consiste à permettre à un employé d’acheter sa propre machine qu’il configure et administre comme il l’entend et qu’il utilise pour lancer son Outlook, son client SAP, … en toute sécurité. MED-V permet également de faire s’exécuter des applications Vista dans un bureau XP et constitue enfin une réponse intéressante à la question du déploiement d’applications métiers sur les machines de personnel intérimaire ou de consultants travaillant dans les murs de l’entreprise. Avantages : utilisation des ressources locales, facilité de déploiement, sécurité, ergonomie. Limites : nécessite la SA ainsi qu’une configuration qui risque d’être musclée, pas disponible avant 2009.
Evolutions du licencing et du support
Avec l’arrivée imminente de SC Virtual Machine Manager, Microsoft a dû se résoudre à lever la contrainte de 90 jours qu’il imposait à ses clients avant que d’être autorisés à déplacer une machine virtuelle d’un serveur à l’autre. Cette restriction largement artificielle n’avait pas d’objet et il est désormais licite de déplacer une VM autant de fois que nécessaire sans délai.
Dans le même ordre d’idées, Microsoft a annoncé le support de ses applications s’exécutant dans d’autres environnements virtuels que les siens . Un serveur Exchange s’exécutant sous les environnements de VMware, Citrix, Novell, Cisco ou Sun, sera supporté au même titre que cette même application sous Windows Server.
Concernant les applications utilisateurs, Microsoft a également annoncé autoriser les ASP (Application Service Providers) à utiliser la technologie App-V pour streamer les applications tierces parties à destination des PC de leurs clients. Ceci suppose que les licences correspondantes aient bien été acquises et ne s’applique curieusement pas aux applications de Microsoft !
Evolutions de VECD (Virtual Entreprise Corporate Desktop)
Ce programme de licence, jusqu’ici assez peu connu, a retenu l’attention du Gartner Group qui a publié une note (http://www.gartner.com/DisplayDocument?id=755413&ref=g_sitelink&ref=g_SiteLink) décrivant les évolutions que Microsoft y a apporté récemment.
Le GG explique que l’éditeur, pour la première fois de son histoire, autorise le découplage de l’OS d’avec le hardware sous jacent ! Ce découplage est la conséquence du déplacement de machines virtuelles d’un PC à un autre et anticipe sans doute l’arrivée en 2009 de MED-V.
La nouvelle stratégie de VMware
Pour le numéro un de la virtualisation, l’horizon s’est manifestement obscurci depuis quelques mois.
L’éditeur Californien basé à Palo Alto a vu son management bouleversé par le départ contraint de son fondateur Diane Green en Juillet dernier, remplacée au pied levé par Paul Maritz, lui-même ancien dirigeant de Microsoft (en charge de Windows et IE) et également ancien d’Intel.
L’action de VMware, après avoir quadruplé quelques mois après son introduction en aout 2007, est revenue au niveau de son cours d’introduction.
VMware souffre de la commoditisation de ses technologies, du fait qu’elle n’ait développé jusqu’ici qu’un ensemble de technologies de virtualisation sans disposer, à l’instar de son grand rival, d’un OS qui lui soit propre et enfin a pâti du rattrapage rapide opéré par Microsoft ces derniers mois qui l’a entre autres contraint à rendre gratuit son produit phare ESX et à ne donc plus pouvoir s’appuyer que sur ses produits de supervision.
VMworld 2008
De façon à déminer l’argument de Microsoft qui consiste à présenter l’hyperviseur comme une fonctionnalité intégrée du système d’exploitation (Hyper-V est intégré sans surcoût à Windows Server 2008), Maritz devait annoncer que VMware développait son propre OS pour les Datacenter logiquement nommé Virtual Datacenter OS ou VDC-OS.
Promis pour 2009, cet über-OS a pour objectif de constituer un pool de l’ensemble des ressources dont dispose un Datacenter : serveurs physiques, ressources réseau, stockage et applications qui s’exécuteront dans un « cloud » que celui-ci soit situé au sein de l’entreprise ou à l’extérieur.
La conséquence, dans la bouche de Maritz, étant à terme de faire disparaitre le système d’exploitation traditionnel.
Virtual Datacenter OS
VDC-OS mettra à disposition des entreprises un ensemble de services, appelés vServices (VMSafe pour la sécurité, vApp pour créer et gérer ses machines virtuelles, vStudio pour créer des appliances virtuelles, vNetwork Distributed Switch équivalent d’un VMotion réseau, …).
VMware ne fournira pas l’ensemble des couches de l’ensemble, se reposant sur des partenaires tels que BMC , HP, CA ou IBM pour le management ainsi que d’autres partenaires pour la sécurité.
vCloud est une offre destinée aux opérateurs réseaux (BT, Verizon étaient mentionnés) de façon à leur permettre de gérer un ensemble de ressources qu’elles mettront ensuite à disposition de leurs entreprises clientes.
Paul Maritz devait également annoncer vClient, une nouvelle offre de VMware destinée à répondre aux scénarios de type VDI en promettant de s’attaquer au « dilemme » que représente le poste de travail. Pour VMware il s’agit d’étendre à d’autres types de terminaux que les PC ses solutions de type VDI dans lesquelles l’environnement système et applicatif du poste de travail sont hébergés sur un serveur et l’affichage déporté sur un poste. Au-delà du PC, WMware envisage l’utilisation de PDA ou un Smartphone pour cet usage. L’idée là encore est de rendre indifférent l’OS du poste qu’utilise un employé à un moment donné.
L’architecture de vClient
Il s’agit là d’annonces ambitieuses dont le calendrier reste assez flou. Maritz lui-même est en poste depuis trop peu de temps pour avoir eu le temps d’imprimer sa marque et il faudra attendre 2009 pour voir arriver les premiers fruits de la stratégie annoncée.
Le duel sur le terrain
L’affrontement va désormais se déplacer sur le terrain et il va être intéressant d’observer les progrès de Microsoft dans la diffusion d’Hyper-V qui, selon l’éditeur, représente 100 % des commandes de Windows Server 2008 (les 0 % constituant les commandes de Windows Server 2008 sans Hyper-V !).
Lors de sa conférence annuelle avec les analystes financiers (http://www.netetcom.fr/blog/enseignements-et-analyse-de-fam-2008/), Microsoft se targuait de d’avoir commencé à reprendre des parts de marché à son principal concurrent et annonce d’ores et déjà un certain nombre de succès internationaux mais également en France avec notamment Bouygues Construction ainsi que d’autres grands noms qui ne sont pas à ce stade prêts à communiquer.
J’assisterai le 2 Octobre à l’édition française de getVIRTUALnow et je complèterai le cas échéant ce post avec les informations qui seront divulguées à cette occasion.

