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blog-thing : Google Chrome, un cheval de Troie à la conquête du Web

             A propos de Microsoft et d’autres sujets …

Informations et analyse de la stratégie de l’éditeur


Google Chrome, un cheval de Troie à la conquête du Web

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En publiant mon post consacré à la bêta 2 d’IE 8 le 28 août dernier, je n’imaginais pas revenir aussi vite sur la thématique du navigateur, mais l’actualité matérialisée par l’annonce surprise de Google en a décidé autrement.

L’annonce, la semaine dernière, de Chrome par Google est révélateur d’une inflexion stratégique majeure pour le numéro un de la publicité en ligne et signale une intensification de la bataille que se livrent Microsoft et Google.

Après une description des principales caractéristiques de Chrome, je me propose d’envisager les motivations qui ont conduit Google à lancer ce projet, de réfléchir à l’impact de cette annonce sur quelques acteurs du Web et enfin de considérer les facteurs qui conditionneront le succès ou l’échec de cette nouvelle plateforme.

Mettant un terme à des rumeurs persistantes, Google reconnaissait mardi deux septembre avoir secrètement travaillé depuis deux ans à développer Chrome afin de s’affranchir du navigateur de Microsoft.

Annonce précipitée mais sortie planifiée de longue date

L’annonce à proprement parler semble avoir été précipitée par la publication (involontaire ?) d’une « BD » décrivant l’architecture ainsi que la vision sous jacente au navigateur (http://www.google.com/googlebooks/chrome/index.html).

Ce document, représentant quelques ingénieurs de Google ayant participé au développement de Chrome, expose les fondements et caractéristiques techniques de ce navigateur à destination d’un public assez « Geek » et doté d’une bonne culture informatique. On pourra préférer la page suivante pour un aperçu, orienté utilisateur final, des principales fonctionnalités présentées sous forme de vidéos (en français). (http://www.google.com/chrome/intl/fr/features.html?hl=fr)

Le fait que le navigateur soit, d’ores et déjà, disponible en 43 langues indique que le développement est très avancé. Dans ces conditions, le sentiment de précipitation qui a accompagné la révélation de Chrome tient sans doute à un facteur accidentel tout en constituant une réponse à la bêta 2 d’IE 8 sortie une semaine plus tôt qui, comme on le verra, comporte un nombre important d’éléments communs aux deux navigateurs. La version testée est la version de Chrome pour Windows XP et Vista mise en ligne par Google, ce dernier précisant que des versions pour Mac OS X et Linux sont en cours de développement.

Principales fonctionnalités et premières impressions

Sans vouloir entrer dans une description détaillée des fonctionnalités de Chrome (j’indique en fin d’article une série de liens pointant vers des tests détaillés) il est important de comprendre les principales caractéristiques de ce qui est autant un navigateur, qu’un « run-time » destiné au traitement accéléré d’applications Web.

Le premier contact avec Chrome se produit lors du téléchargement et de l’installation qui a le bon goût de s’effectuer automatiquement dans la langue de l’utilisateur, une simplification dont pourrait s’inspirer Microsoft.

La durée de l’opération, de l’ordre d’une dizaine de minutes, est inférieure au temps nécessaire à installer IE 8, d’autant plus qu’ici un reboot de Windows n’est pas nécessaire.

Interface épurée

Une fois installé, Chrome présente une interface qui repose sur un parti pris volontairement spartiate, ne conservant que les éléments jugés essentiels pour une navigation efficace. Chrome ne comprend pas, par exemple, de bouton « home page » contrairement à IE et Firefox.

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Pour Google, la raison de ce parti pris minimaliste tient dans la volonté de rendre le navigateur « transparent », c’est-à-dire de mettre l’outil au service du contenu en reléguant le navigateur au second plan.

Dans ces conditions, il est curieux que Chrome n’intègre pas la possibilité de s’effacer complètement pour n’afficher que le contenu du site visité comme le permettent IE et Firefox (via la touche F11).

Des onglets qui sortent du commun

Une des caractéristiques de Chrome tient à l’emplacement non conventionnel des onglets, ceux-ci étant placés au dessus du navigateur, là ou IE comme Firefox les positionnent en dessous de la barre d’adresse.

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Onglets dans Firefox 3.0

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Onglets de Chrome

Ce changement n’est pas que cosmétique, Google expliquant que chaque onglet s’exécute dans un processus distinct de façon à ce qu’un site problématique ne puisse pas provoquer l’arrêt du navigateur et par voie de conséquence celui des autres applications s’exécutant dans des onglets différents.

Si je parle d’applications plutôt que de pages Web, c’est à dessein, la vocation principale de Chrome étant de gérer des applications Web 2.0 plutôt que de se limiter à l’affichage de contenu HTML.

A noter qu’IE 8 bêta 2 implémente la même caractéristique d’isolation système et que concernant la robustesse supposée, un article trouvé sur le web mentionne qu’il suffit d’entrer about :% dans la barre d’adresse de Chrome pour le crasher complètement !

Un OS dans l’OS

Un autre internaute faisait remarquer qu’on peut facilement rapprocher les onglets de Chrome en haut de l’écran, des applications que Windows affiche dans la barre de tâches en bas de l’écran.

On peut pousser plus loin le rapprochement en remarquant que Chrome est doté d’un gestionnaire de tâches affichant l’occupation mémoire de chaque onglet/application, ce qui permet d’isoler l’application fautive et évoque irrésistiblement un OS dans l’OS.

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Le gestionnaire de tâches de Chrome

Pour Google, Chrome est plus un « run time » voué à l’exécution d’applications dites Web 2.0, et notamment les siennes, qu’un navigateur stricto sensu. Pour d’autres observateurs, Chrome représente la première itération d’un futur OS à part entière quoiqu’il soit difficile d’imaginer comment Chrome pourrait faire abstraction des services systèmes sur lequel il doit nécessairement s’appuyer (drivers de périphériques, fonction d’affichage et d’impression de Windows, …) pour fonctionner.

Ces réserves mises à part, Chrome est manifestement un outil destiné à simplifier l’utilisation d’applications Web, tout du moins celles reposant sur le langage JavaScript.

Chrome offre notamment la capacité de créer des raccourcis Windows permettant de démarrer une application JavaScript de la même façon que l’on démarre une application Windows, sans devoir au préalable lancer le navigateur.

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Une boîte de dialogue de Chrome propose de créer un raccourci pour GMail

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L’icône du raccourci telle qu’elle apparaît sur le bureau

Une fois le raccourci créé, l’application choisie se lance dans une fenêtre qui ne se distingue en rien d’une application native, ce qui constitue manifestement le but recherché : atténuer progressivement le fossé entre applications Windows et applications Web !

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GMail lancé dans une fenêtre Chrome sans les contrôles du navigateur

L’intégration ainsi obtenue reste néanmoins limitée. Si l’on clique sur un lien pointant sur une autre application (par exemple Calendar), celle-ci s’ouvrira dans le navigateur, même si l’on a auparavant créé un raccourci Windows pour cette deuxième application.

Omnibox : la fusion des barres d’adresse et de recherche

L’autre caractéristique innovante de Chrome réside dans la fusion des barres d’adresse et de recherche. Prenant là encore le contre pied d’IE et de Firefox, Chrome n’offre qu’une barre combinant les deux fonctions. Cette barre appelée Omnibox permet bien sûr d’entrer une URL, tout en servant de porte d’entrée sur le moteur de Google dés lors qu’autre chose qu’une URL est entré.

Il est à noter que, par défaut, chaque caractère entré dans la barre Omnibox est transmis à Google, ce qui permet d’afficher des suggestions automatiques, mais présente également l’inconvénient de fournir involontairement une mine d’information supplémentaire à Google en enregistrant des adresses avant même que celles-ci ne soient validées et même si elles ne le sont jamais.

A l’usage, l’intérêt d’Omnibox est évident et se traduit notamment dans une facilité de recherche dans l’historique de navigation qui surpasse les capacités d’IE comme de Firefox.

Performance, compatibilité, sécurité

Chrome est rapide, a vue de nez bien plus rapide que ne l’est la bêta 2 d’IE 8 et semble se situer dans un ordre de grandeur similaire à la vitesse de Firefox 3.0.

Un domaine dans lequel Chrome excelle est dans l’exécution d’applications JavaScript.

Google a doté Chrome d’un moteur appelé V8 JavaScript engine dont il prétend qu’il offre un gain de performance d’un facteur 2 par rapport à Firefox 3.0 et Safari et bien plus encore s’agissant d’IE.

Même si ces performances doivent être relativisées en prenant en compte que la fondation Mozilla travaille à un moteur JavaScript optimisé pour Firefox 3.1 appelé TraceMonkey , ou encore que Microsoft doit encore procéder à des optimisations concernant IE 8, il n’en reste pas moins que cet aspect constitue une caractéristique essentielle de Chrome comme on le verra plus loin.

Je n’ai pas jusqu’ici rencontré de problèmes majeurs d’incompatibilité avec les sites que je fréquente habituellement. Les caractéristiques de sécurité semblent également similaires aux deux autres navigateurs précités. Depuis le lancement de Chrome, un certain nombre de vulnérabilités ont néanmoins été mises en évidence, notamment la possibilité d’exploiter une vulnérabilité de type « buffer overflow » permettant une prise de contrôle à distance de la machine concernée. A la décharge de Google, il ne s’agit ici que d’une bêta et il est vraisemblable que les problèmes rencontrés seront adressés lorsque la version finale sera mise en ligne, voire même avant sachant que Chrome se met à jour automatiquement sans intervention de l’utilisateur.

Confidentialité

Similairement à IE 8 et son mode «InPrivate », Chrome permet de naviguer de manière confidentielle via le lancement d’une fenêtre de navigation privée, mode appelé « incognito » par Google.

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Mais un examen plus attentif met en évidence une différence de taille entre les deux approches en ce sens où IE 8 permet non seulement de ne laisser aucune trace sur la machine utilisée mais permet en outre de bloquer le suivi de la navigation par les sites qui traquent l’internaute à la trace de manière à envoyer des publicités ciblées.

Naviguer « incognito » avec Chrome ne laisse certes pas d’empreintes sur la machine utilisée mais continue d’en laisser sur Internet.

La navigation confidentielle permise par IE 8, si elle devait être massivement utilisée par les internautes, pourrait potentiellement remettre en cause le business model de Google.

Lacunes

On pourra relever un certain nombre de fonctionnalités courantes qui font défaut dans cette première version de Chrome, comme l’absence d’une fonction permettant de transmettre par email une page ou l’URL courante.

Chrome utilise sans surprise Google comme moteur de recherche par défaut tout en offrant la possibilité de configurer d’autres moteurs de recherche (Yahoo, Live Search, Wikipedia, …). Là ou IE 8 permet de choisir en une seule opération un moteur de recherche différent pour chaque requête, l’opération consistant à vouloir changer de moteur de recherche nécessite plusieurs manipulations dans Chrome, une façon peut être de dissuader l’utilisateur de changer ses habitudes.

Si Chrome intègre une gestion des bookmarks ou « favoris » dans la terminologie Microsoft, celle-ci apparaît comme une concession aux habitudes des internautes et s’avère fastidieuse d’utilisation.

Tout se passe comme si Google voulait dissuader l’utilisateur de faire usage de ses bookmarks en lui proposant d’utiliser Omnibox à la place. Pourtant, il est souvent plus rapide de choisir un raccourci dans le menu « Favoris » que de taper une chaine de caractères plus ou moins longue pour aboutir au même résultat. A l’installation, Chrome importe automatiquement les bookmarks du navigateur présent sur la machine.

Concernant la navigation, on ne trouve pas la possibilité de remonter plusieurs pages en arrière pour revenir sur une page donnée, fonctionnalité qu’implémentent IE comme Firefox.

On notera l’absence d’un indicateur visualisant la progression dans le chargement de pages et plus encore d’une API permettant de développer des extensions similaires à celles qui ont contribué à la popularité de Firefox, telles qu’AdBlock qui permet de bloquer un grand nombre de publicités.

Sur ce dernier point Google a d’ores et déjà annoncé qu’il travaillera à fournir une API permettant de développer des extensions et rien n’empêche d’imaginer que Google étendra fonctionnellement Chrome pour parer aux lacunes ci-dessus.

Impression générale

Pour une première version, Google Chrome offre une expérience plutôt satisfaisante, sa vitesse d’exécution tout comme son interface épurée participant d’une navigation plaisante.

L’initiative consistant à fusionner les deux barres de navigation et de recherche donne de bons résultats et pourrait être utilement émulée par IE comme Firefox. Le gestionnaire de téléchargements qui se fond dans l’interface de Chrome est également une bonne idée.

Ceci étant, il manque encore à Chrome un certain nombre de fonctionnalités et de petites touches qui puissent convaincre, à ce stade, de renoncer à l’usage quotidien des navigateurs présents sur le marché.

Pourquoi Chrome ?

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Pour beaucoup d’observateurs, et particulièrement pour les développeurs de sites Web, la question qui se pose est de savoir si un nouveau navigateur (après IE 6, 7 et bientôt 8, Firefox, Safari ou encore Opera) est réellement indispensable. Certes Chrome apporte un certain nombre d’innovations bienvenues, notamment dans le domaine de l’interface utilisateur, mais la plupart des fonctionnalités incluses sont déjà présentes dans d’autres navigateurs. De fait, on ne peut pas réellement parler d’innovation fonctionnelle dans le domaine de la navigation.

L’arrivée d’un nouveau navigateur ne sera pas particulièrement bienvenue pour les personnes dont le travail consiste à développer les sites Web puisqu’elles devront prendre en compte un nouvel environnement dans la conception et le test de leurs sites.

Si l’utilité de Chrome ne saute pas aux yeux de prime abord, la situation est tout autre pour Google qui comme l’indique un article de Wired, travaille en secret depuis deux ans à développer un outil dont il espère qu’il lui permettra de s’affranchir un peu plus de Microsoft.

Pour Google, Chrome est un navigateur de nouvelle génération destiné avant tout à supporter les applications Web.

En choisissant de développer son propre navigateur, Google rompt avec la stratégie qui consistait à soutenir le développement de Firefox pour contrer les ambitions de Microsoft.

Il est ironique de constater que le lancement de Chrome intervient quelques jours après que Google ait réitéré son engagement financier auprès de la fondation Mozilla. Google continuera à rétribuer cette fondation mais à manifestement décidé de ne plus dépendre exclusivement de Firefox de façon à avoir les coudées franches dans ses développements futurs.

Pourquoi ce revirement ? Probablement par ce que Google considère que Firefox ne réussirait sans doute pas à détrôner IE, Microsoft ayant mis les bouchées doubles pour rattraper son retard avec les versions 7 puis 8 d’Internet Explorer; mais également par ce que Firefox était devenu un des supports de technologies telles que Flex et AIR d’Adobe et plus encore de Silverlight de Microsoft qui s’opposent au choix de JavaScript/Ajax, plateforme qui a les faveurs de Google.

Faire de « Gears » une plateforme incontournable

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Google rêve d’un environnement qui dépende le moins possible de l’écosystème Microsoft et l’arrivée de Silverlight représente une menace qu’il est important de circonvenir au plus tôt.

En ce sens, il faut considérer Chrome comme le véhicule par lequel Google espère rendre sa plateforme Gears dominante avant que les plateformes RIA d’Adobe et de Microsoft aient atteint une masse critique. En permettant l’exécution en mode déconnecté d’applications JavaScript, Gears permet de lancer des applications Web ne reposant que sur les ressources locales de la machine pour ensuite se resynchroniser avec le stockage sur le « cloud » une fois le poste reconnecté.

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La synchronisation entre les modes connecté et déconnecté dans Gears

Chrome, en tant que vecteur de diffusion de Gears, a pour objet d’être le cheval de Troie de Google qui permettra d’augmenter significativement la vitesse d’exécution d’applications SaaS telles que celles de Zoho, NetSuite, ou encore Zimbra sans oublier bien sûr la myriade d’applications de Google (GMail, Calendar, Google Apps, …), qui reposent sur les mêmes technologies.

Contrairement à Microsoft qui doit en permanence éviter toute initiative susceptible d’attirer l’attention des autorités de régulation de la planète, Google a les coudées franches pour inclure les technologies qu’il désire dans son navigateur. Si Microsoft intégrait Silverlight dans IE 8, il s’attirerait immédiatement les foudres du DOJ et de la Commission Européenne qui l’attaqueraient pour abus de position dominante. Même si l’inclusion de Gears dans Chrome résulte de la même démarche, ni Microsoft ni Adobe ne peuvent s’élever (aujourd’hui) contre de telles pratiques.

Chrome s’inscrit en parfaite cohérence avec la philosophie du tout web qui caractérise Google et qui repose sur une plateforme JavaScript/Ajax. D’après les propres termes de Google, Chrome représente « a modern platform for Web pages and applications ». Le représentant de Google aurait pu préciser que par applications Web, il entendait surtout celles développées pour la plateforme de son choix.

Chrome représente enfin une diversion destinée à éviter qu’IE 8 puisse regagner des parts de marché et remettre en cause le modèle de business de Google. Ceci, dans l’hypothèse où des internautes suspicieux prendraient l’habitude d’utiliser la fonctionnalité « InPrivate » d’IE 8 pour naviguer sans laisser de traces, chose également possible avec Firefox mais via l’installation de plug-ins dont l’usage est réservé à une population d’utilisateurs avertis.

Ondes de choc

Les conséquences à long terme de l’arrivée de Chrome mettront du temps à se manifester complètement. On peut néanmoins dégager quelques pistes de réflexions concernant l’impact prévisible de Chrome sur les technologies et sociétés suivantes :

Mozilla / Firefox

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De l’avis de nombreux commentateurs : si un navigateur doit voir son usage décroître du fait de l’arrivée de Chrome, c’est sans doute Firefox qui sera concerné en premier lieu.

La raison en est que Firefox est un navigateur principalement adopté par une classe d’utilisateurs que l’on pourrait amicalement qualifier de « Geeks », c’est-à-dire d’utilisateurs passionnés de technologie et qui sont prêts à explorer de nouveaux outils sans ressentir d’appréhension à faire évoluer la configuration logicielle de leur machine. Firefox aujourd’hui représente dans les 20 % d’utilisateurs, parfois beaucoup plus en Europe, qui apprécient les capacités d’extension de leur navigateur via les nombreux add-ons disponibles. Le reste du marché, constitué pour près des trois quarts par les utilisateurs d’IE, seront sans doute plus réticents à changer leurs habitudes.

Origines et impact des plug-ins sur la popularité de Firefox

Je mets à profit la mention des plug-ins pour répondre indirectement à une question/commentaire posté à la suite de mon post sur IE 8. Ce commentaire essayait de creuser la question des disparités entre IE et Firefox concernant le nombre et la variété des plug-ins disponibles pour les deux navigateurs.

Après avoir effectué quelques recherches sur le sujet, il ressort que l’adoption de Firefox a été particulièrement rapide chez les développeurs Web qui trouvaient en standard dans ce navigateur les outils leur permettant de débugger les pages Web sur lesquelles ils travaillaient. Ces mêmes développeurs ont également trouvé avec Firefox un modèle d’extensibilité leur permettant de « tuner » Firefox via des plug-ins, des extension et des thèmes. De nombreux amateurs se sont emparés de ces outils pour développer un catalogue d’extensions qui a contribué au succès de Firefox. Parmi les commentaires sur Chrome publiés par les utilisateurs de Firefox, on trouve le thème récurrent de l’absence de support de ces extensions qui constitue la raison majeure pour laquelle la plupart ne migreront pas vers Chrome dans l’immédiat.

IE de son côté est également extensible mais nécessite des outils qui sont traditionnellement utilisés par des développeurs en entreprise et dont les préoccupations visent plus à répondre à des besoins métiers qu’à développer des extensions orientées utilisateurs finaux. IE se paramètre via l’IEAK (Internet Explorer Administration Kit) et les développements se font via Visual Studio qui ne représente pas l’outil le plus répandu chez les hobbyistes.

Pour ne pas être en reste, IE 8 comprend désormais ses propres « developer tools » permettant de parser du code CSS, HTML ou Javascript et apporte des capacités d’extensions intéressantes au moyen des webslices mais surtout des accélérateurs comme décrit dans l’article sur la bêta 2 d’IE 8.

Microsoft prévoit d’investir dans l’évangélisation de la plateforme IE 8, plus qu’il ne l’a fait dans le passé, en réalisant là encore que la maîtrise du marché de l’entreprise ne suffisait plus à garantir sa viabilité à long terme.

Concernant les conséquences de l’annonce de Chrome sur Firefox, John Lilly CEO de Mozilla se félicitait, du renouvellement des accords de coopération qui unissent Google et la fondation qu’il préside. Lilly reconnaissait néanmoins que le développement par Google de son propre navigateur était « inévitable » et ajoutait que Firefox continuerait à se consacrer à l’ouverture du Web là où Google poursuivrait ses propres objectifs.

Adobe

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Adobe est resté assez silencieux depuis l’annonce de Chrome et doit sans doute réexaminer sa stratégie et ses relations avec Google à la lumière de ce qui vient de se produire. La position d’Adobe semble devenir de plus en plus délicate après l’annonce du non support de Flash dans l’iPhone et maintenant l’arrivée d’un formidable challenger incarné par Chrome.

Même si Flash est installé sur plus de 95 % des navigateurs, il n’en va pas de même pour Flex/AIR qui pourrait voir sa progression significativement ralentie si Chrome devient populaire auprès des développeurs.

Apple

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Eric Schmidt, le CEO de Google siège au conseil d’administration d’Apple et les deux sociétés semblaient jusqu’ici partager une vision et une stratégie commune. Ce front uni risque de se fissurer avec l’arrivée d’Android, la plateforme mobile de Google,  dans quelques mois et à plus long terme par les ambitions de Google qui passent par la marginalisation de l’OS du poste de travail, Mac OS X inclus.

Si Chrome récupère une proportion significative des utilisateurs de Safari, c’est également un des piliers de la plateforme d’Apple qui sera menacé.

Microsoft

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Chrome ne semble pas représenter une menace immédiate pour Microsoft. La population des utilisateurs d’IE est majoritairement soit une population d’utilisateurs en entreprise à qui on ne donne pas le choix du navigateur, soit appartient à la catégorie dite « grand public » qui hésite à se lancer dans l’aventure que représente l’installation d’un nouveau navigateur.

Pour illustrer l’inertie qui caractérise l’utilisation des navigateurs il faut remarquer que deux ans après sa sortie, Microsoft n’a toujours pas convaincu 25 % d’utilisateurs à abandonner IE 6 en dépit de ses carences fonctionnelles (pas de gestion d’onglet principalement) et de ses trous de sécurité.

En s’intégrant naturellement avec Active Directory, l’infrastructure d’authentification majoritaire en entreprise, IE met à la disposition des DSI un outil qui satisfait à leurs exigences de sécurité et qui est de surcroit installé par défaut sur chaque poste de travail. Cette ubiquité explique sans doute la proportion largement majoritaire d’applications intranet développée autour d’IE. De ce fait, IE occupe une position très forte en entreprise et rien n’indique que Chrome puisse inciter les directions informatiques à reconsidérer ce sujet à court terme.

Contrairement à Google qui adopte une ligne puriste axée autour du « cloud computing » et des standards du web, Microsoft offre aux développeurs le choix dans une palette étendue de modèles de développement qui vont du client riche (ou lourd comme on voudra), au RIA ou encore au modèle hybride que représente une application Javascript/AJAX. A chaque projet son architecture.

Si Chrome ne représente pas de danger pour Microsoft à court terme, il en va autrement du long terme qui décidera de l’affrontement entre .NET (incarné par Silverlight) d’un côté et JavaScript/AJAX, Flash/Flex/AIR de l’autre.

Un taux de pénétration significatif de Chrome pourrait rendre irrésistible le développement d’applications JavaScript optimisées en performance et affaiblir considérablement l’impact de Silverlight.

Pronostics

Il est bien difficile, à ce stade, de se hasarder à faire un pronostic tant les inconnues restent nombreuses quelques jours après l’annonce de Chrome.

Quand arrivera la version finale de Chrome ? Avec quelles fonctionnalités additionnelles ? Quand seront disponibles les versions Mac OS et Linux ? L’API d’extension de Chrome supportera t’elle les extensions Firefox ? Chrome supportera t’il (volontairement ou non), Les plateformes RIA d’Adobe et de Microsoft ? Quelles seront les synergies entre Chrome et Android, la plateforme mobile de Google ? …

Si l’annonce de Chrome a été aussi remarquée, c’est en grande partie lié à la notoriété de son concepteur.

Chrome arrive (dans quelque temps) dans un marché saturé qui n’a pas vraiment besoin d’un navigateur de plus à supporter. Chrome est un produit agréable d’utilisation et bien conçu mais ne représente pas aujourd’hui un « game changer » comparable à l’impact de l’iPhone sur le marché du Smartphone. Il manque une ou plusieurs applications clés qui rendent ce navigateur irrésistible, peut être cela se présentera t’il sous la forme d’une combinaison de services synchronisés entre Chrome et Android.

Pour assurer le succès de Chrome, deux conditions sont requises. L’intégration de Chrome sur les nouveaux PC (je doute que cela soit possible avec Mac OS …) et le support par les développeurs de la plateforme Gears. Les alliés traditionnels de Google que sont les tenants du modèle SaaS (Zoho, Zimbra, NetSuite, …) ont déjà annoncés leur soutien à l’initiative de Google. Reste à savoir si une nouvelle génération de programmeurs leur emboitera le pas.

L’intégration de Chrome en standard sur de nouvelles machines représente une voie évidente mais coûteuse. Microsoft de son côté pourra renchérir en poussant IE et Silverlight ce qui pourrait déboucher sur des surenchères qui devraient faire l’affaire des OEM. On surveillera avec attention les initiatives de Google dans ce domaine qui seront révélatrices de ses ambitions pour Chrome.

Une répercussion malvenue pour Google risque de se présenter sous la forme d’une supervision plus étroite des autorités de régulation, alertées par les associations de consommateurs inquiètes de l’emprise de plus en plus grande de Google. Les utilisateurs eux-mêmes pourront être tentés de garder leurs habitudes de navigation plutôt que de dévoiler encore plus de données personnelles à un géant qui remplace progressivement Microsoft dans l’imagerie populaire.

Chrome comprend quelques bonnes idées qui seront vraisemblablement reprises dans IE, Firefox ou Safari de la même façon que le navigateur de Google implémente la plupart des fonctions de ces navigateurs. Ces évolutions risquent de conduire à une convergence fonctionnelle des navigateurs en présence et par voie de conséquence à une indifférence des utilisateurs pour un outil potentiellement destiné à se fondre de plus en plus dans le système d’exploitation.

Conclusion provisoire

L’annonce de Chrome a constitué l’évènement NTIC de cette rentrée en relançant la guerre des navigateurs avec une intensité inédite depuis l’affrontement qui opposait Netscape et Microsoft dans les années 90.

En introduisant Chrome, Google a désormais décidé de jouer sa stratégie sans ou contre ses anciens alliés que sont la fondation Mozilla, Apple ou Adobe.

Cette nouvelle orientation n’est pas sans évoquer le pari (payant !) qu’avait fait Microsoft au début des années 90 en lâchant IBM et OS/2 pour pousser Windows et assumer son destin en toute autonomie.

En levant le rideau sur Chrome, Google tire à lui la couverture médiatique et rend inaudible la communication de Microsoft autour d’IE 8, ce qui était certainement un des buts recherchés.

Chrome est un moyen au service d’une fin qui consiste à agréger un volume croissant de données de navigation qui, en retour, serviront de support à de nouvelles avancées commerciales de Google.

L’emprise croissante de Google commence à éveiller des craintes de la part de nombreux acteurs comme l’illustre la récente plainte formulée par l’association des publicitaires américains contre le deal conclu entre Yahoo et Google ou encore les réserves formulées par l’Electronic Frontier Fondation contre les risques d’atteinte à la confidentialité rendus possibles par Chrome. Le risque est réel que les autorités de régulation finissent à terme par prendre le relais, comme elles l’avaient fait concernant Microsoft.

Le succès de Chrome n’est en rien garanti, pas plus que celui d’Android ou celui d’autres initiatives lancées par Google (par exemple GoogleTalk) ces dernières années et qui sont retombées dans l’oubli.

Quoi qu’il en soit, la compétition entre Google, Apple, Mozilla, Microsoft et Opera est relancée ce qui se traduira par une accélération des innovations fonctionnelles et au final par un Internet toujours plus riche et agréable d’utilisation, sans oublier un surcroit de travail pour l’auteur de ces lignes.

Liens

Le test en français de Chrome dans Silicon.fr

Le test de Paul Thurrott dans le Supersite

La revue de Walt Mossberg dans le Wall Street Journal

L’histoire secrète de Chrome publiée dans Wired

9 septembre 2008 Posted by Hugo Lunardelli | Non classé | one comment

One Response to “Google Chrome, un cheval de Troie à la conquête du Web”

  1. Hello Hugo, je decouvre ton blog…
    Depuis sa sortie, je suis un afficionado de Chrome, que je complete avec FF3, selon mes besoins (sous OSX, WinXP, Vista…)
    IE6/7 ne me servent plus que pour d’eventuels tests… et Safari sur MacOSX OK, mais sous Windows n’est vraiment pas bon…
    J’ai particulierement apprecie le respect des standards W3C…
    Mon navigateur prefere, sans aucun doute actuellement!
    Sincerely
    DJM

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