Le point sur Vista neuf mois après: entretien avec Didier Burdinat chef de marché Windows
Hugo Lunardelli : Peut-on faire le point sur l’adoption de Vista à ce jour ?
Didier Burdinat : Concernant l’adoption de Vista sur le marché français, il est nécessaire de distinguer les trois principaux segments concernés. Du côté des SSII et éditeurs de logiciels, la couverture est totale. Toutes les applications développées par des éditeurs français sont soit compatibles Vista, soit disponibles dans une version propre Vista. En ce qui concerne nos partenaires OEM, on observe que près de 80 % des machines livrées aujourd’hui le sont sous Vista. Les offres de service autour du déploiement de Vista en entreprise commencent à démarrer et d’une façon générale notre écosystème est prêt. Le grand public de son côté, après un démarrage parfois un peu difficile au moment du lancement, considère désormais comme normal de disposer de Vista sur une nouvelle machine. Une enquête de satisfaction montre que 92 % des acheteurs de Vista s’en déclarent satisfaits.
Les problèmes rencontrés au lancement sont désormais derrière nous. Les problèmes de compatibilité applicative et matérielle ont été adressés, nos dernières estimations montrent que 96 % des périphériques existants sont maintenant supportés. Concernant les logiciels, si on considère les 50 applications professionnelles les plus utilisées en entreprise (SAP, Siebel, …) on observe qu’elles sont toutes compatibles Vista. Du point de vue du grand public, nous avons observé que sur les 300 applications les plus vendues depuis 2005 seules 5 % ne fonctionnait pas à ce jour.
Pourtant Vista souffre d’un déficit d’image important !
DB : C’est un fait ! Malgré les éléments que je viens de vous citer, Vista continue de souffrir de problèmes de perception, même auprès de personnes qui n’ont aucune implication dans le milieu informatique. Une des raisons qui expliquent ce phénomène tient à l’activisme que nous avons observé de la part de différentes communautés qui ont pris Microsoft pour cible et qui de ce fait attaquent Vista par principe. Les problèmes de démarrage au moment du lancement ont été amplifiés par un buzz beaucoup plus efficace, du fait d’Internet, qu’il y a cinq ans à l’occasion du lancement de Windows XP. Maintenant que ces questions sont résolues, les choses devraient revenir progressivement à la normale.
Qu’en est-il de l’adoption de Vista en entreprise ?
DB : On se trouve dans une situation similaire à celle que nous avions connue quelque temps après le lancement de Windows XP. Nous estimons qu’à la fin de notre année fiscale (ndlr le 30/06/2007), près de 5 % du parc grand comptes sera sous Vista, contre 4 % avec Windows XP 18 mois après son introduction. Il faut avoir conscience de l’inertie importante liée au déploiement d’un nouveau système, il a fallu par exemple près de 5 ans pour faire passer 50 % du parc sous Windows XP.
D’autres indicateurs nous semblent plus intéressants, comme l’augmentation des projets de déploiement à 18-24 mois et surtout le taux historiquement record des renouvellements des contrats en volume, ce que nous appelons les EA pour Entreprise Agreement.
Le constat que nous faisons est que les entreprises sont très intéressées par les outils complémentaires qui accompagnement ces contrats. Je pense en particulier à DOP, le Desktop Optimization Program qui comprend notamment SoftGrid permettant d’adresser les questions de compatibilité logicielle sans nécessiter de déploiement. Nos clients sont également intéressés par BitLocker qui leur permet de sécuriser les données stockées dans les portables de leurs collaborateurs, ce d’autant plus que ces machines représentent parfois de 60 à 70 % des nouveaux postes dans certaines entreprises. On trouve également beaucoup de clients qui apprécient la flexibilité du pack multi langues qui leur permet de configurer pour chaque collaborateur, quel qu’en soit la langue, la langue de travail désirée sans réinstallation.
Un an près la disponibilité de Vista, on trouve encore peu d’applications, y compris chez Microsoft, qui exploitent Windows Presentation Foundation !
DB : Je noterai la disponibilité de premières réalisations comme le lecteur de LCI qui tire parti de WPF et permet même une utilisation en mode off line (après avoir enregistré en local les vidéos voulues) ou dans un autre domaine la collaboration avec la British Library.
Ceci dit, l’adoption de nouvelles technologies liées à un système d’exploitation est conditionnée par un effet de masse. Aujourd’hui, même s’il se vend environ 300 000 PC par mois sous Vista, la base installée est encore faible si on la compare à celle de Windows XP. Pour un éditeur de logiciels, il est souvent nécessaire d’attendre qu’un système cible atteigne une masse critique pour pouvoir justifier du coût de développement d’une version spécifique. Ceci étant, le socle technologique est en place et on peut s’attendre à ce que l’écosystème supporte de plus en plus spécifiquement Vista dans les deux années à venir, tout comme on l’a observé pour Windows XP en son temps.
Les entreprises doivent elles attendre la disponibilité du Service Pack 1 pour envisager la migration vers Vista ?
DB : Le SP1, qui va entrer dans une phase bêta dans quelques semaines avant une disponibilité générale au premier trimestre 2008, représente une étape dans le cycle de vie de Vista dont l’importance ne doit pas être surestimée. Le SP1 a pour objectifs d’améliorer certains aspects de la performance, de la fiabilité de Vista. Il apporte le support de nouveaux standards, il étend la prise en charge des disques durs par BitLocker mais il ne constitue pas un changement du noyau comme dans le cas du SP2 de Windows XP.
Ici encore, la différence avec Windows XP tient à l’arrivée régulière des mises à jour du système qui se font via Windows Update ou Windows Update Services en entreprise. Le SP1 de Vista ne représente pas une évolution majeure du système dans le contexte d’une évaluation interne. L’objectif recherché avec le SP1 est pour nous en quelque sorte de rendre plus fluide l’expérience de l’utilisateur.
Les postes qui tournent sous Vista aujourd’hui ont de fait déjà intégrés un certain nombre des correctifs qui vont faire partie du SP1. Il n’y a donc aucune raison rationnelle de repousser le déploiement ou le test de Vista en attendant la disponibilité du SP1.
L’arrivée de Vista a introduit une contrainte supplémentaire pour les entreprises qui doivent désormais installer une infrastructure d’activation !
DB : Parler d’infrastructure est excessif. L’entreprise n’a pas besoin d’installer de nouveaux serveurs par exemple. Pour un administrateur réseau, la mise en place de l’activation dans son réseau se résume à la configuration de quelques enregistrements DNS, pas à un bouleversement de l’exploitation.
La raison d’être de l’activation de Vista en entreprise est la même que pour le grand public : lutter contre le piratage. Avec Windows XP, il était trop facile de faire sortir de l’entreprise la clé d’activation qui servait ensuite à activer illégalement des milliers de machines en Asie par exemple. On estime que 60 % des copies illégalement activées de Windows XP le sont à partir de clés détournées de contrats d’entreprise. Dans ce cas de figure, il est nécessaire de savoir que la responsabilité de l’entreprise peut être engagée et qu’en cas d’utilisation massive de certaines clés, Microsoft peut invalider celles-ci obligeant l’entreprise concernée à redéployer une nouvelle clé sur tout son parc.
L’activation de Vista a également des retombées intéressantes dans certains cas de figure. Par exemple, l’obligation de valider à intervalles périodiques chaque machine permet un suivi des machines qui ne s’acquittent pas de cette obligation et permet ainsi de détecter des machines qui « sortent » du réseau de l’entreprise. On permet ainsi indirectement une meilleure gestion du parc.
Quels sont les conseils que vous donneriez à une entreprise pour se préparer au déploiement de Vista ?
DB : Un certain nombre de points doivent être vérifiés. La compatibilité matérielle par exemple. Certaines entreprises continuent à faire rentrer des PC qui ne sont dotés que de 512 Mo de mémoire. Même si vous ne comptez pas déployer à court terme, il est prudent de s’équiper d’un giga octets de mémoire vive. En ce qui concerne la compatibilité applicative, nous mettons à disposition des entreprises des outils logiciels leur permettant de tracer les applications installées sur les machines de leur réseau de façon à les vérifier une par une. Un ensemble de documents et de guides complètent ces outils logiciels.
Je conseillerai enfin à nos clients qui sont dotés de la Software Assurance de considérer les outils du Desktop Optimization Pack et en particulier SoftGrid.
Si vous souhaitez déployer Office 2007 mais que vous n’êtes pas prêts à déployer Vista, vous pouvez utiliser SoftGrid pour donner aux postes sous Windows XP un accès à Office 2007 sans avoir à l’installer à proprement parler. L’intérêt de SoftGrid est qu’il permet une virtualisation d’Office, ou de la plupart des applications, évitant ainsi d’avoir à l’installer. Cette caractéristique permet par exemple de mettre Office 2007 à disposition de l’utilisateur tout en conservant l’ancienne version d’Office installée, ce qui permet une transition en douceur d’une version à l’autre. Quand l’entreprise sera prête à migrer sous Vista, elle utilisera le nouveau format d’image disque pour déployer en une seule fois Vista, Office et toutes les applications qu’elle souhaite mettre à disposition de ses collaborateurs.
Quelles sont les raisons qui justifient la migration d’un parc sous Vista ?
DB : Au-delà des fonctionnalités de Vista comme la sécurité renforcée, un accroissement de la productivité individuelle avec la recherche intégrée ou encore une administration plus économique, un élément qu’il est important d’avoir à l’esprit est la nécessité de faire progresser la maturité de son infrastructure IT.
Cela fait maintenant deux ans que nous avons entrepris d’aider nos clients grands comptes à évaluer le niveau de maturité de leur infrastructure. Par maturité nous entendons la situation d’une entreprise vis-à-vis d’un modèle qui comprend quatre niveaux qui vont de « basique » à « dynamique » en passant par « standardisé » et « rationnalisé ». Dans le modèle « basique » qui correspond à la situation dans laquelle se trouvent la majorité des entreprises, le défaut d’organisation et le manque d’outils sont tels que l’essentiel du budget IT est englouti dans l’exploitation.
Nos observations montrent qu’il coûte très cher d’exploiter un parc hétérogène dans sa configuration matérielle et logicielle, que les coûts de maintenance grimpent très vite faute des outils et des procédures adaptées et nous essayons de faire comprendre à nos clients quelles sont les conséquences en terme de coût, de sécurité et de réactivité qui découlent du niveau de maturité de leur infrastructure.
Dans ce contexte, Vista représente un des éléments qui permettent d’évoluer positivement dans cette échelle de maturité. Nous avons doté Vista de caractéristiques qui en simplifient le déploiement, l’administration tout en renforçant la sécurité des applications et des données; autant d’éléments qui participent à l’élévation du niveau de maturité et se traduisent également par un allégement des charges pesant sur le budget de la DSI.