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Informations et analyse de la stratégie de l’éditeur


Les résultats de Microsoft pour le quatrième trimestre font plonger le titre

A priori les données communiqués par Microsoft concernant ses résultats d’exploitation pour son quatrième trimestre (achevé le 30 juin dernier) tout comme ses prévisions  concernant sa prochaine année fiscale sont impressionnants. La progression des ventes, comme celle des bénéfices sont globalement en ligne avec les attentes des analystes, le CA enregistrant une progression de 42 % par rapport à la même période un an plus tôt.

Chris Lidell, CFO (directeur financier) de Microsoft

Selon Chris Lidell, les ventes de la division client progressent de 15 %, Microsoft annonçant avoir écoulé 180 millions de licences de Vista à ce jour. Le résultat de la division serveur est en progression de 37 % soutenu par les lancements de Windows Server 2008, Visual Studio et bientôt de SQL Server 2008. La division Business qui comprend notamment Office enregistre un gain de 12 %, les ventes du département Entertainment & Devices (Xbox, Zune, Windows Mobile) enregistrent pour la première fois un résultat positif. La division Online Services progressant de 24 % tout en accusant une perte de 617 millions de $.

Globalement Microsoft dépasse pour la première fois le cap des 60 milliards de dollars de revenus pour l’année écoulée soit une progression de 18 % par rapport à 2007, une performance notable pour une société de cette taille.

Une histoire de deux pailles !

Malgré tout le résultat par action s’est situé à 46 cents, dans la fourchette annoncée par l’éditeur, là ou la moyenne des analyses attendaient 47 cents, soit un écart de 2 %, une paille ! Ces mêmes analystes estiment que les prévisions du trimestre en cours sont en deçà de leurs attentes alors que la prévision pour l’année est en ligne, une autre paille pourrait on penser.

La réaction du marché à ces deux pailles le lendemain de la publication des résultats a pourtant fait plonger l’action de près de 6 % dans un volume d’échange double du niveau habituel aboutissant à un P/E (rapport du prix de l’action / résultats) parmi les plus bas depuis 1992 !

Contexte, communication et stratégie

Comment expliquer un tel hiatus entre le niveau de la performance et la réaction qui s’en est suivie ? Les explications sont nombreuses et tiennent autant à la psychologie de marchés particulièrement nerveux en ce moment qu’à de sérieux problèmes de communication mais aussi de stratégie de la part de Microsoft.

Sur la psychologie des marchés, l’ambiance est à la sur réaction quasi irrationnelle des opérateurs. On a vu ainsi les cours des sociétés bancaires se déprécier de plus de 50 % par rapport à leur valorisation d’il y a quelques mois. Le jeu de massacre affecte également les constructeurs automobiles, les compagnies aériennes dont les cours font du yoyo avec une amplitude rarement vue, ce que l’on exprime dans le jargon financier par le doux euphémisme de volatilité. Dans ce contexte, les opérateurs tendent à punir sévèrement toute société qui s’écarte du droit chemin comme peut également en attester Google dont le titre perdait près de 10 % à la suite de la publication de ses résultats intervenus peu avant ceux de Microsoft.

En termes de communication, il est difficile pour Microsoft de détourner l’attention du mauvais feuilleton que constitue sa tentative de rachat de Yahoo ! On a assez lu que cette opération représentait la dernière chance pour Microsoft de concurrencer sérieusement Google et les multiples rebondissements de ces derniers mois donnent effectivement le sentiment qu’en dehors de ce dénouement rien ne sera possible pour l’éditeur. Dans ces conditions, il est difficile de justifier une stratégie de croissance organique qui suppose d’investir des milliards de dollars dans une course qui parait perdue d’avance.

Cet aspect de l’activité de Microsoft éclipse tous les autres et l’échec persistant de l’éditeur dans ses tentatives de concurrencer Google sur son terrain masque à lui seul les nombreux succès que rencontre l’éditeur par ailleurs.

Data center multi usages

Là où Microsoft pêche c’est dans la communication entre des investissements justifiés par une nécessaire diversification vers le SaaS et ceux destinés au business du search.

Microsoft investit des sommes considérables depuis 2005 dans la construction de data center en vue de proposer une gamme de services d’hébergement (voir http://www.netetcom.fr/blog/lascension-du-saas-danger-ou-opportunit-pour-microsoft/) autour notamment d’Exchange et de SharePoint. Ces mêmes data center sont également au service de Hotmail ou Messenger qui servent quelques 460 millions de comptes Live ID en progression sensible par rapport aux 382 millions de comptes un an plus tôt. Enfin ces data center sont utilisés pour sa plateforme AdCenter destinée à concurrencer Google.

Microsoft explique qu’il va engager quelques 500 millions de dollars supplémentaires destinés à générer du trafic en direction de Live Search.

Sur un plan stratégique on ne peut que s’interroger sur la fixation que semble éprouver l’état major de Redmond pour la publicité en ligne. On a l’impression que Microsoft est victime de bougeotte sautant d’une activité à l’autre, se lançant dans une succession de « bigs bets » (Xbox, Zune, AdCenter) dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils mettent du temps à se concrétiser. Le risque étant alors de se disperser dans une multitude de paris risqués et de se transformer en ce que les anglais appellent "jack of all trades and master of none". A contrario une société comme Apple semble choisir ses domaines d’investissements avec soin et surtout les exécuter avec rigueur et talent.

Microsoft aura l’opportunité de s’expliquer plus en détail cette semaine à l’occasion de son rendez vous annuel avec les analystes financiers que j’aurai l’occasion de commenter dans les prochains jours.

20 juillet 2008 Posted by Hugo Lunardelli | Commentaire | no comments

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